Des haies qui disparaissent, des voix qui s’éteignent : comprendre l’impact sur la faune à Roye

23 mars 2026


La disparition des haies dans la campagne de Roye entraîne des effets visibles et profonds sur la faune locale. Ces « murs de verdure » remplissent bien plus de rôles qu’on ne l’imagine :
  • Les haies servent de refuges, abris et lieux de reproduction à de nombreuses espèces (oiseaux, petits mammifères, insectes…)
  • Elles offrent des ressources alimentaires variées tout au long de l’année
  • Les haies agissent comme des corridors écologiques, permettant les déplacements et le brassage génétique des espèces
  • La suppression des haies accentue la fragmentation des habitats et la vulnérabilité de la faune face aux prédateurs et aux aléas climatiques
  • L’impact se mesure aussi sur la qualité des sols, la gestion de l’eau et la richesse du paysage picard
Autant de raisons pour comprendre pourquoi la préservation des haies n’est pas une affaire de nostalgie rurale, mais un enjeu de biodiversité et d’équilibre pour notre territoire.

D’où viennent les haies de nos paysages picards ?


Autrefois, les haies faisaient partie intégrante de nos campagnes. On les plantait pour séparer les terres, abriter le bétail, protéger les cultures du vent. Elles dessinaient un maillage serré de lignes vertes et brunes, ponctué d’aubépine, de sureau, de noisetier, qui vit encore dans l’imaginaire des anciens ou sur les cartes d’état-major du début XXe siècle (Inventaire National du Patrimoine Naturel). Mais à partir des années 1950, le remembrement agricole a amputé ce quadrillage. Pour faciliter la mécanisation, ouvrir de larges parcelles et augmenter les rendements, les haies ont été arrachées à la pelle hydraulique, parfois en quelques jours, souvent sans retour en arrière.

Aujourd’hui, dans le département de la Somme, on estime avoir perdu jusqu’à 70% du linéaire de haies depuis l’après-guerre (source : Agence de l’eau Seine-Normandie). Il en reste, mais elles sont trop souvent grignotées, isolées, ou laissées sans gestion, comme des reliques d’un autre temps. Or, chaque disparition laisse derrière elle bien plus qu’un simple vide végétal.

Pourquoi les haies sont-elles vitales pour la faune locale ?


À première vue, une haie, c’est juste un fouillis de branches. Mais regardons-y d’un peu plus près…

  • Refuge et abri : La haie offre protection aux oiseaux nicheurs (rouge-gorge, mésange, troglodyte…), aux petits mammifères (hérisson, mulot, campagnol) et même aux reptiles ou batraciens (source : Ligue de Protection des Oiseaux).
  • Garde-manger toute saison : Baies d’aubépine, insectes attirés par les fleurs, graines cachées à l’automne — la haie nourrit une chaîne alimentaire variée, du pipistrelle insectivore au geai friand de glands.
  • Corridor écologique : En reliant bois, mares ou prairies, les haies permettent à la faune de circuler, de trouver de nouveaux territoires et de se reproduire. Un papillon, par exemple, ne franchit que difficilement plusieurs centaines de mètres de champ nu.
  • Protection contre les prédateurs et intempéries : Un lièvre ou un renard y trouve un abri providentiel pour échapper à un rapace ou à la chaleur intense.

Un chiffre marquant : jusqu’à 70 espèces d’oiseaux différents peuvent être recensées dans les haies bocagères les mieux conservées (source : Observatoire Agricole de la Biodiversité 2022). Plus de 150 espèces d’insectes y trouvent également leur habitat.

Tableau : Rôles écologiques majeurs de la haie

Fonction Bénéficiaires principaux Effet direct de la disparition
Abri/nidification Oiseaux, mammifères, amphibiens Baisse du nombre d’espèces nicheuses, hausse de la prédation
Source de nourriture Insectes, oiseaux, rongeurs Diminution des ressources, disparition d’espèces spécialistes
Corridor de déplacements Petits mammifères, pollinisateurs, reptiles Fragmentation des populations, isolement génétique
Protection climatique Toute la faune locale Vulnérabilité accrue face aux extrêmes météo

La disparition des haies : quelles conséquences concrètes ?


Moins d’oiseaux chanteurs, plus de silence dans nos campagnes

Chaque printemps, on assiste à un spectacle un peu plus discret. Certaines espèces qui animaient nos haies (fauvette grisette, bruant jaune, pie-grièche écorcheur) manquent à l’appel ou se replient sur les rares zones encore fournies. En Picardie ou ailleurs, la chute est nette : près de 30% des populations d’oiseaux « des milieux agricoles » ont disparu en 30 ans selon le MNHN.

Mammifères et insectes sur la sellette

La haie est la « bretelle de sécurité » des hérissons : ils s’y abritent, s’y nourrissent, y circulent. Sa suppression les force à traverser champs ouverts et routes, accentuant leur mortalité : on estime que le hérisson d’Europe a perdu 70% de ses effectifs en 20 ans au Royaume-Uni, la tendance étant similaire en France (source : Mediaterre).

Côté insectes, 40% des espèces de papillons et pollinisateurs agricoles sont en déclin à cause de la disparition des haies (et de l’usage de pesticides, mais c’est un autre combat), chiffre la UICN.

Fragmentation des habitats : le piège invisible

Couper une haie, c’est créer une frontière. Pour le blaireau ou le lérot c’est le parcours du combattant, pour le lézard c’est l’exil ou la mort. Cette fragmentation « coupe » les flux de populations, isole les familles d’animaux et empêche la diversité génétique, rendant la faune plus fragile face aux maladies ou au changement climatique.

Des bénéfices dépassant la seule faune


On a tendance à oublier que la haie, c’est aussi un allié pour l’homme. Ce « mur vivant » capte le CO₂, limite l’érosion des sols, filtre l’eau de ruissellement, abrite des auxiliaires naturels des cultures (comme la coccinelle et le syrphe contre les pucerons). Leur disparition aggrave donc le ruissellement, la perte de fertilité des terres, et même la vulnérabilité face à la sécheresse.

À l’échelle de la Somme, la suppression massive de haies a même contribué à des inondations plus rapides, comme l’ont rappelé plusieurs agriculteurs lors des crues de 2023 (France Bleu Picardie).

Des initiatives pour un retour des haies ?


  • Des programmes locaux, comme « Plantons des haies » mené par la Région Hauts-de-France, encouragent la replantation depuis 2020. En 2023, près de 130 km de haies ont été remis en terre dans la région.
  • De nombreux agriculteurs s’engagent, parfois en partenariat avec des associations et des écoles. Certains plantent à nouveau autour de Roye, mêlant espèces locales (aubépine, charme, noisetier, prunellier), pour retrouver ces précieux abris à biodiversité.
  • La Communauté de Communes du Grand Roye propose un accompagnement pour aider à replanter et gérer durablement les haies sur les parcelles privées ou communales.

C’est un travail de longue haleine, mais chaque mètre linéaire compte — et ça se ressent déjà là où l’on a replanté : retour de papillons, apparition de nichoirs, nouvelle ambiance sonore au fil des saisons.

Et demain ? Retrouver un paysage vivant, pour tous


Le chant du rouge-gorge, la disparition discrète d’un écureuil dans une touffe d’aubépine, tout cela semble trivial… jusqu’à ce que le silence s’installe. Les haies, autour de Roye, sont à la fois un patrimoine et une promesse : celle de préserver, pour nous et pour les générations d’après, un territoire vivant où la faune trouve sa place.

Les gestes individuels (ne pas tailler les haies en période de nidification, laisser les lisières fleuries, participer aux plantations collectives) rejoignent l’action publique et associative. Chacun, à son échelle, peut éviter que la disparition des haies ne rime avec disparition de la vie.

Protéger, entretenir, et recréer ce « maillage vert », c’est redonner à Roye et ses alentours la voix des saisons, et sa vraie richesse naturelle.

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