Ces arbres qui façonnent Roye : balade sensible dans le bocage picard

11 mars 2026


S’aventurer autour de Roye, c’est plonger dans une mosaïque de paysages où les arbres racontent l’histoire et forgent l’identité du territoire. Voici les éléments clés pour comprendre la diversité des essences qui façonnent la nature locale :
  • Le chêne pédonculé et le hêtre, piliers des forêts picardes, règnent en maîtres dans les bois et grands massifs.
  • Le charme, discret compagnon du hêtre, structure les sous-bois ombragés et les haies bocagères.
  • Le frêne, star des allées et des chemins, imprime sa silhouette élancée au détour des sentiers.
  • Le peuplier, arbre de plaine et des zones humides, rythme le paysage champêtre le long de l’Avre et des fossés.
  • D’autres arbres moins nombreux mais emblématiques – tilleul, érable, aubépine, saule – parsèment villages et talus, apportant charme et variété à la mosaïque végétale.
  • L’exploitation agricole, le passé industriel (notamment avec les peupleraies) et la dynamique écologique récente façonnent une diversité riche, où patrimoine et modernité s’entremêlent.

Un paysage vivier : pourquoi tant d’arbres autour de Roye ?


Roye se niche au cœur de la plaine picarde, traversée par l’Avre et jalonnée de bocages, de petits bois, de talus et de haies. Cette diversité de décors naturels doit beaucoup à l’histoire agricole et rurale de la région, ainsi qu’à la volonté de préserver des paysages de tradition. Ici, l’arbre protège du vent, marque la limite de la parcelle, borde la mare ou sert tout simplement de repère dans la brume matinale.

La présence d’essences variées n’a rien d’anecdotique : elle découle d’un patrimoine forestier ancien, de l’adaptabilité des espèces à nos sols argilo-calcaires ou limoneux, et du savoir-faire rural (source : Inventaire Forestier National, IGN).

Les grandes stars de nos forêts et de nos champs


Le chêne pédonculé, roi modeste et solide

Au sommet de la hiérarchie végétale locale : le chêne. Ici, c’est surtout le quercus robur, ou chêne pédonculé, qui règne dans les massifs forestiers (bois de Fresnoy, bois d’Omiécourt…). Solide, large, accueillant les chouettes et les écureuils, il peut atteindre 20 à 30 mètres de haut et vivre plusieurs siècles. On le repère à ses feuilles lobées, à ses glands sur de longs pédoncules, égrenés à l’automne. C’est aussi un arbre symbole dans la Somme, choisi autant pour la charpente des fermes que pour signaler l’entrée d’un village.

  • Hauteur adulte : Jusqu’à 40 mètres
  • Feuillage : Caduc, vert foncé l’été
  • Particularité : Hôte de biodiversité incroyable – 500 espèces d’insectes y trouvent asile ! (Source : ONF)

Le hêtre, la noblesse de l’ombre

En forêt, un autre géant s’invite : le hêtre (fagus sylvatica). Moins répandu que le chêne dans l’ensemble de la région, il s’impose pourtant dans certains bois, notamment ceux donnant sur le plateau. Son tronc lisse et gris, ses feuilles musicales sous la brise, ses faînes croquantes à l’automne : le hêtre imprime une atmosphère nordique, un peu mystérieuse. On le prise aussi bien pour l’ombre estivale de son houppier que pour la lumière qu’il laisse filtrer l’hiver, branchages nus.

  • Hauteur adulte : 25 à 35 mètres
  • Feuillage : Caduc, dense, ovale brillant
  • Particularité : Rameaux souvent torsadés, tradition de planter des hêtres-à-mystères sur les places de villages (avec parfois une cloche à vœux...)

Le charme, ce discret voisin

Peu de balades sans rencontrer le charme (carpinus betulus), arbre aux feuilles « tressées » (ondulées, régulières) et au port élégant. Il structure de nombreux sous-bois avec le hêtre, offre des haies denses où nichent rouge-gorges et merles et marque la transition entre la forêt profonde et les champs ouverts. Les anciens le taillaient « en têtard » pour la récolte de bois de chauffage, d’où la forme parfois étrangement boursouflée de certains spécimens près de Goyencourt ou à l’orée d’Etelfay.

  • Hauteur adulte : 10 à 20 mètres
  • Feuillage : Caduc, nervures bien marquées
  • Particularité : Bois ultra-solide, parfait pour les manches d’outils et les tirants de pressoir à cidre

Des allées, des bords d’eau, des silhouettes familières : arbres du quotidien autour de Roye


Le frêne, le funambule des chemins

Vous l’avez sûrement remarqué : le frêne (fraxinus excelsior) affectionne les lisières, les talus, les alignements de bord de route. Il pousse vite, forme de longues allées claires au printemps et, en automne, il jonche nos chemins de samares (ces « hélicoptères » que les enfants ne se lassent pas de faire tournoyer). Le frêne est aussi un marqueur écologique : il signale souvent la présence d’eau souterraine, et s’invite donc dans les vallées de l’Avre, la Luce ou du Matz.

  • Hauteur adulte : 20 à 35 mètres
  • Feuillage : Composé penné, clairsemé, très aérien
  • Particularité : Le frêne est aujourd’hui menacé par la chalarose, un champignon apparu en France en 2008 (Source : Ministère de l’Agriculture)

Le peuplier, champion des plaines et des rivières

Autre silhouette emblématique de chez nous, le peuplier (populus nigra, populus alba etc.) colonise bordures, ruisseaux et point bas. Symbole des reboisements industriels d’après-guerre et des peupleraies pour l’industrie papier, il reste un repère horizontal dans le paysage. Les variétés cultivées pour la filière bois alternent avec de véritables « vieux gars », feuillage bruissant au vent. Son bois tendre, très clair, a longtemps servi pour les cageots, la pâte à papier, les palissades.

  • Hauteur adulte : Jusqu’à 35 mètres
  • Feuillage : Triangulaire ou arrondi, léger et mobile
  • Particularité : Contribution majeure à la biodiversité locale et au phénomène des « neiges de peuplier » au printemps (duvet de graines)

L’érable, tilleul, aubépine et autres compagnons des villages

Espèce Occurence Signe particulier
Tilleul Présent près des places, écoles, églises Fleur odorante, « arbre à palabres » des assemblées locales
Érable sycomore, plane Haies, bords de routes, parcs Feuilles palmées, samares en hélice, très mellifère
Aubépine, prunellier Haies bocagères, lisières de champs Floraison printanière blanche, baies rouges automne, refuge pour avifaune
Saule (blanc, marsault…) Bords de mares, zones humides Feuillage souple, très utile à la vannerie et pour stabiliser les berges

On croise aussi ici ou là le noyer, le merisier et même le bouleau, mais leur rôle paysager n’est pas aussi marqué que celui de leurs aînés. Certains de ces arbres sont « patrimoniaux » à l’échelle du village, car plantés lors d’événements historiques, de commémorations ou comme arbres de la liberté (notamment pour certains tilleuls, sources locales Roye Histoires et Mémoires).

Essences en mutation : entre traditions et enjeux contemporains


La carte d’identité arborée de la région n’est pas immuable. Au gré de l’évolution agricole (remembrement dans les années 60), de l’urbanisation ou des enjeux environnementaux, le nombre d’essences, la forme des haies, la place du bocage varient. Aujourd’hui, plusieurs programmes visent à restaurer les haies champêtres, à (re)planter des arbres fruitiers anciens ou à réintroduire les espèces oubliées. La gestion différenciée des espaces communaux (cimetières, écoles, talus municipaux) encourage aussi la diversité naturelle.

  • Plan bocager de la Somme : plus de 150 000 arbres plantés depuis 2015, priorité au chêne, noisetier, pommier sauvage, érable champêtre (Somme.fr).
  • Création de jachères arborées : petits bois communaux, réserves à biodiversité.
  • Valorisation des arbres « remarquables » : signalétiques, initiatives associatives, visites guidées thématiques.

Balade, observation et transmission : la magie au coin du chemin


Sortir, lever les yeux, apprendre à reconnaître les essences… c’est s’ouvrir une fenêtre sur l’histoire du pays, comprendre les liens entre l’homme et le vivant. Les arbres qui bordent Roye, ce sont autant de repères pour s’orienter que de témoins silencieux de la vie locale : sentinelles lors des grandes invasions, protecteurs des cultures, compagnons de jeu ou réservoirs de mémoire sensorielle.

En flânant au printemps sous les tilleuls en fleur, ou en ramassant des glands dans la forêt d’automne, on mesure la place de l’arbre dans nos vies. Sa capacité à se réinventer, résister, et tisser du lien entre les générations. Et si demain, chacun faisait la liste des arbres du bout de sa rue ? Roye serait encore plus belle, peuplée de ses géants discrets.

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