Portraits de maires marquants : quand Roye s’est forgée au fil de leurs mandats

15 juillet 2025

La reconstruction après la Grande Guerre : les bâtisseurs de l’ombre


S’il y a bien un legs qui saute aux yeux, c’est celui des années 1920-1930. Car Roye, comme beaucoup de villes de la Somme, a payé un lourd tribut à la Première Guerre mondiale. Mairie incendiée, église détruite, habitations rasées : près de 85 % de la ville est à reconstruire en 1918 (source : Ministère de la Culture, base Mérimée).

À la barre : Jules Ternynck (maire de 1919 à 1935). Il est de ceux qui ont relevé Roye à mains nues ou presque, épaulant les sinistrés tout en œuvrant pour la modernisation. Sous son impulsion :

  • Reconstructions du collège Jules-Verne et de l’ancien hôpital,
  • Nouvelle mairie édifiée sur la place d’Armes, style art déco,
  • Lancement du quartier de l’Avenir, destiné à loger les ouvriers du textile revenus s’installer,
  • Aménagement du parc municipal (l’actuel square au cœur de la ville), véritable poumon vert imaginé dès 1930.

Ternynck, on lui doit aussi d’avoir su composer avec les contraintes financières du programme Tabuteau (aides nationales aux régions sinistrées) — un équilibre subtil entre pression des ministères, besoins de la population et l’urgence de tout rebâtir, parfois sur des ruines fumantes (source : “Roye, de la Ruine à la Reconstruction”, Gilles Lucand, 2004).

Mairie et modernité : la vague des Trente Glorieuses


Avec le boom des années cinquante et soixante, Roye va s’industrialiser, s’agrandir, inventer de nouveaux équipements : écoles, foyers jeunes travailleurs, gymnases… Derrière cette mutation, un maire se distingue : Gabriel Fauquet (1953-1977). Nom à résonance familière pour beaucoup d’entre nous (qui n’a pas assisté à son fameux “discours du 11 novembre” ou vu fleurir la fresque à son nom ?).

Quelques-unes de ses réalisations phares :

  • Création du complexe sportif et du stade municipal, qui accueille dès 1957 les premiers tournois départementaux,
  • Développement d’un programme ambitieux de logements HLM (cités de la Liberté et de l’Europe),
  • Modernisation de la voirie (rénovation de la rue de Paris, plusieurs extensions du réseau routier urbain),
  • Éclairage public généralisé,
  • Mise en place des premiers jumelages scolaires franco-allemands (source : Archives municipales de Roye, bulletin municipal 1964 et 1970).

Sous son mandat, Roye change de visage. La ville s’ouvre, s’équipe, se “désenclave” et accueille de nouveaux habitants venus du monde rural. Ceux de sa génération se souviennent d’ailleurs de ses talents d’orateur et de son redoutable sens du compromis.

Crises et reconquête urbaine : une ville qui se réinvente


Les années quatre-vingt traversent un tournant difficile : crise du textile, marasme économique, explosion du chômage. La population décline (on passe de 7 920 habitants en 1975 à 7 011 en 1990, source : INSEE). Face à l’urgence sociale, Jean-Louis Demaret (1983-2001) va orienter la politique municipale vers le “vivre ensemble” et la reconquête urbaine.

  • Réhabilitation du centre ancien et rénovation de la halle au beurre,
  • Création du festival “Musique en Ville” qui attirera jusqu’à 1 500 spectateurs en 1997,
  • Lancement d’ateliers d’insertion professionnelle et soutien actif au secteur associatif,
  • Nouvelles zones d’activités pour redynamiser l’emploi local,
  • Mise en chantier d’une grande médiathèque en 1999, aujourd’hui centre culturel incontournable.

Demaret aura su, à l’écoute des habitants, jouer la carte de l’innovation sociale et culturelle, tout en cherchant à garder l’âme populaire de Roye. L’initiative la plus marquante à ses débuts reste sans doute la sauvegarde des marchés hebdomadaires et le retour de la fête de la Saint-Jean, qui rythment encore le calendrier.

D’autres maires à saluer : anecdotes et initiatives qui ont marqué la mémoire collective


On se doit d’évoquer quelques figures plus anciennes ou restées parfois un peu dans l’ombre, mais dont on parle encore dans les écoles ou à la terrasse du café.

  • Nicolas Pierre Béquet (1832-1863) : il encourage la renaissance du commerce et l’éclairage à gaz des rues, bien avant la révolution électrique !
  • Louis de Beauvoir (1878-1899) : pionnier en matière de développement public, il crée la première classe maternelle (en 1889), un pas important pour l’éducation des tout-petits.
  • Pierre Watelet (1899-1918), maire de la tourmente de 14-18, qui organise héroïquement les secours lors de l’exode et dont la maison fut transformée en poste de commandement pour la Croix-Rouge – de l’avis des anciens, “un vrai chef de guerre, mais au grand cœur”.

Impossible aussi de ne pas citer des anecdotes savoureuses, plus “folkloriques” mais révélatrices de la fibre locale. Saviez-vous que sous la mandature de Louis Paquet (maire éphémère en 1884), la ville avait inauguré, dans la confusion la plus totale, sa première fête foraine “modernisée” (avec… une grande roue manuelle, venue de Lille) ?

Empreinte des mandats contemporains : entre tradition et innovation


Les dernières décennies montrent des maires tentant de concilier histoire et enjeux nouveaux. Jacques Fleury (2001-2014), par exemple, s’est distingué par le lancement du projet “Roye, Ville Fleurie” (3 fleurs obtenues en 2012, jury national des villes fleuries), la modernisation du marché couvert, la valorisation touristique du patrimoine (restauration de la porte de Bretagne et du chemin de halage, nouveaux circuits pédestres balisés, source : “Le Courrier Picard”, parutions 2011-2013).

Depuis 2014, Pascal Delnef, actuel maire, met l’accent sur :

  • Développement durable (plantation de plus de 700 arbres en 7 ans),
  • Réorganisation des circulations douces,
  • Renouvellement urbain (rénovation de l’avenue de la Libération, création de la zone d’activités Jules-Verne),
  • Collaboration étroite avec la Communauté de communes du Grand Roye sur les enjeux d’attractivité et de jeunesse (source : site officiel villederoye.fr, bulletins municipaux 2015-2023).

Ce qu’on observe, outre la gestion des grandes crises ou le béton des infrastructures, c’est ce fil rouge : faire de Roye une ville “à taille humaine”, capable d’accueillir, de rassembler… et d’inventer sa propre manière de résister au temps qui passe.

Roye, reflet de ses édiles : un héritage vivant à redécouvrir ?


Le poids des mandats successifs n’est pas qu’une affaire de plaques sur les murs ou de bustes dans la salle des mariages : il résonne dans nos agendas festifs, nos balades dominicales, nos souvenirs de jeunesse sous la halle, et même dans le nom de nos écoles ou quartiers. À chaque époque, ses défis, ses solutions, ses élans et ses hésitations.

Les maires marquants n’ont pas toujours été ceux des grandes victoires électorales, mais ceux qui ont su écouter, relier, prendre des risques pour faire tenir debout la communauté. Si nos rues, nos stades ou notre patrimoine suscitent encore la fierté, c’est en partie grâce à cette histoire partagée, qui continue de s’écrire sous nos yeux. À nous, habitants ou curieux de passage, de cultiver cette mémoire et, qui sait, de participer un jour à l’œuvre collective du Roye de demain.

Sources :

  • Archives municipales de Roye (registres de délibérations et bulletins municipaux)
  • Gilles Lucand, “Roye, de la Ruine à la Reconstruction”, 2004
  • INSEE, données démographiques historiques
  • Villederoye.fr, pages actualités et publications municipales
  • Le Courrier Picard (archives locales 2011-2013)
  • Base Mérimée, Ministère de la Culture

En savoir plus à ce sujet :