Les petits mammifères méconnus des haies bocagères de Roye : le fabuleux bestiaire à nos frontières de jardin

6 janvier 2026


Rares sont les éléments du paysage qui abritent autant de vie discrète que les haies bocagères de la région de Roye. Véritables corridors écologiques, elles sont essentielles à la biodiversité locale et servent de refuge à tout un petit peuple de mammifères.
  • Les haies offrent abri, nourriture et passages protégés à des espèces variées comme le hérisson d’Europe, la fouine, le muscardin, ou encore la musaraigne.
  • Ces petits mammifères remplissent des rôles écologiques majeurs : lutte contre les insectes nuisibles, dissémination des graines ou régulation de populations de rongeurs.
  • Leur présence témoigne de la qualité de nos paysages bocagers, menacés mais en partie préservés autour de Roye.
  • Prendre le temps d’observer (ou simplement de soupçonner) ces habitants, c’est redécouvrir une nature vivante et subtile, riche d’anecdotes et de curiosités locales.

Pourquoi les haies bocagères sont-elles si précieuses autour de Roye ?


Au fil des siècles, le bocage picard a façonné l’allure de nos campagnes, alternant champs, pâtures et haies épaisses. Les haies bocagères servent à la fois de barrières, de coupe-vents naturels, de marqueurs de propriété, mais surtout de refuges irremplaçables pour la faune. À l’heure où ces paysages rétrécissent sous la pression de l’agriculture intensive, celles qui subsistent ont valeur de sanctuaire.

  • Protection contre les prédateurs : Grâce à leur densité, les haies offrent d’excellentes cachettes aux petits mammifères.
  • Corridors écologiques : Qu’on habite Roye ou une ferme plus isolée, les haies servent de réseau permettant à la faune de circuler en sécurité d’un point à un autre.
  • Sources de nourriture : Fruits, graines, insectes, escargots, abris temporaires aux rongeurs et insectivores : la haie concentre, toute l’année, de quoi sustenter ses résidents.

Ce paysage, à la fois familier et résolument vivant, fait partie intégrante de notre identité locale et mérite qu’on y plonge un œil différent.

Le bestiaire caché : qui trouve-t-on dans nos haies ?


La liste est plus longue qu’on pourrait le croire. Si l’on pense immédiatement au hérisson (notre vedette à piquants), d’autres pensionnaires, moins connus mais tout aussi charmants, vivent sous la ramure et dans le fouillis végétal.

Le hérisson d’Europe : le farfadet nocturne

Impossible de ne pas débuter par la coqueluche des jardins. Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) se faufile entre les touffes d’orties et les tas de feuilles à la recherche de coléoptères, limaces et vers de terre. Animal crépusculaire voire nocturne, il peut parcourir plusieurs kilomètres en une seule nuit pour se nourrir ou trouver un partenaire. Signe de vitalité : selon la LPO, la Picardie accueille une bonne densité de hérissons, malgré une nette baisse nationale ces deux dernières décennies (France Nature Environnement).

  • Rôle écologique : Régulateur des populations de limaces et d’insectes.
  • Anecdote : Les nuits de juillet, il n’est pas rare d’entendre son grognement singulier ou de le surprendre dans la lumière d’une lampe torche !

Les musaraignes : minuscules mais fameuses chasseuses

Les musaraignes semblent être des rongeurs, mais appartiennent à un autre ordre : celui des insectivores. Musaraigne commune (Sorex araneus), musaraigne pygmée, ou musaraigne à dents blanches : toutes sont de redoutables prédatrices d’insectes, de larves et parfois de petits gastéropodes.

  • Poids plume : Certaines espèces ne dépassent pas 10 grammes ! Leur cœur peut battre jusqu’à 1 200 fois par minute.
  • Discrètes : Elles vivent cachées sous les tas de feuilles, moussages ou même dans le liseré d’un vieux mur au pied d’une haie.

Le campagnol des champs et des haies : la star des souterrains

Rien de plus commun (et pourtant essentiel) dans notre bocage que le campagnol (notamment Microtus arvalis). Ce petit rongeur fouisseur forme de véritables galeries sous la végétation, participant à l’aération du sol… et servant de proie à tout un bataillon de prédateurs (rapaces, renards, fouines…).

  • Multiplicateur de vie : Si le campagnol peut parfois causer quelques dégâts aux cultures, il alimente toute une chaîne alimentaire qui dépend de ses populations.
  • Curiosité locale : Les pelotes de réjection trouvées au pied des haies livrent parfois les crânes minuscules de ces rongeurs !

Le muscardin : l’écureuil doré, méconnu et rare

Dans les haies de chênes, de hêtres ou de noisetiers bien conservés, le muscardin (Muscardinus avellanarius) fait figure de perle rare. Petit rongeur doré, plus fréquemment observé en lisière de bois, il est présent dans les haies bocagères suffisamment large et connectées. Il se nourrit surtout de noisettes, baies et bourgeons (Mammifères de Nord-Pas-de-Calais). Un animal d’autant plus précieux que ses populations régressent en France.

  • Nid en boule : Il construit des nids sphériques dans la végétation, parfois repérables au ras du sol ou en hauteur dans la haie.
  • Espèce protégée : Sa présence témoigne d'une haie bocagère en bonne santé.

La fouine et la belette : petits carnassiers d’élite

La fouine (Martes foina) et la belette sont moins appréciées des éleveurs, mais jouent un rôle clé dans la régulation des micro-mammifères et oiseaux. Elles utilisent la haie comme zone de chasse, d’abri et parfois de déplacement stratégique. Très mobiles et vives, elles sont difficiles à observer, mais laissent parfois des traces : empreintes fines, excréments ou restes de proies.

  • La fouine : Parfois surnommée « la maligne des granges », se nourrit de rongeurs mais aussi d’insectes, d’œufs… voire de fruits tombés.
  • La belette : Redoutable chasseuse dont le territoire peut couvrir plusieurs kilomètres de haies.

Et aussi…

  • L’écureuil roux, qui effectue parfois des passages furtifs, à la recherche de glands ou de noisettes.
  • Le mulot sylvestre, agile grimpeur, grand amateur de graines et d’insectes.
  • La taupe d’Europe : reine souterraine qui, sans vivre directement dans la haie, fréquente avec assiduité ses abords, profitant des sols non tassés.

Des populations sous pression : menaces et enjeux locaux


Le bocage, si typique de la Somme et du Santerre, a toutefois souffert du remembrement intensif des années 60-70. D’après l’INRAE, la France a perdu près de 70 % de ses haies depuis l’après-guerre, une tendance qui affecte aussi le Roye local (INRAE).

  • La suppression des haies fragilise tout l’écosystème lié, privant les petits mammifères d’abri et morcelant leurs territoires.
  • Le recours aux pesticides réduit drastiquement la ressource en insectes, charançons, chenilles… base de l’alimentation de nombreux insectivores comme la musaraigne ou le hérisson.
  • La disparition de vieux arbres têtards ou d’un enchevêtrement suffisant de branches supprime les caches précieuses pour la reproduction et l’hibernation.

Cependant, des initiatives locales – concours de haies fleuries, actions menées par la Communauté de Communes du Grand Roye, plantations scolaires – permettent parfois d’inverser la tendance, à petite échelle (Communauté de Communes du Grand Roye).

Conseils et astuces pour observer ces petits mammifères


Ils ne se laissent pas facilement photographier, mais quelques astuces permettent de deviner leur présence ou, avec un peu de chance, de les apercevoir :

  1. Repérer les pistes : traces dans la boue après la pluie, petits tunnels au ras du sol, fruits à demi grignotés.
  2. Surveiller les soirs d’été, lampe à la main, le remue-ménage dans la broussaille.
  3. Laisser un coin de haie non taillé, avec tas de feuilles ou de branchages, pour encourager hérissons et rongeurs à s’installer.
  4. Installer un « hôtel à mammifères » – un simple tas de bûches ou de pierres accueille parfois le muscardin ou la musaraigne.

Pour aller plus loin, des associations (LPO, Picardie Nature) organisent de temps en temps des inventaires participatifs et des balades naturalistes – n’hésitez pas à consulter leurs sites pour voir si des événements sont prévus près de Roye.

Un patrimoine vivant à protéger, tout près de chez nous


Partout autour de Roye, chaque haie bocagère est un fil tissé entre les générations, les terroirs, la nature et l’imaginaire. Prendre soin de ce petit patrimoine invisible, c’est s’assurer que le hérisson continuera ses roulades nocturnes, que les musaraignes chasseront les insectes sous les ronces, que le muscardin remuera le feuillage à la recherche d’une noisette à chaparder. Pourquoi ne pas arrêter la tondeuse une fois ou deux, laisser courir les branches et, qui sait, s’inventer des rendez-vous félins ou piquants au coin du jardin ?

Le bocage n’a pas tout à fait disparu du Santerre : à nous – promeneurs, voisins, curieux, petits et grands – de garder l’œil ouvert et la haie vivante. Pour les petits mammifères, et pour le plaisir d’un quotidien un peu plus animal.

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