Les plantes sauvages protégées à Roye : trésors discrets de nos campagnes

2 mars 2026


Au cœur du Pays royen, certaines plantes sauvages pourtant bien présentes dans nos campagnes ou nos petits coins humides bénéficient d’une protection légale. Leur disparition serait non seulement une vraie perte pour nos paysages, mais aussi pour la biodiversité locale. Voici les principaux repères pour comprendre à quels végétaux prêter attention et pourquoi leur protection nous concerne tous :
  • Parmi les espèces protégées autour de Roye, on retrouve des orchidées rares, de petites fleurs des zones humides, et quelques plantes associées au bocage picard.
  • Leur protection est encadrée par des arrêtés nationaux et régionaux, ainsi que par des conventions internationales.
  • Ces espèces subissent diverses pressions : urbanisation, agriculture intensive, changements climatiques.
  • Leur préservation est aussi une affaire de gestes locaux (éviter la cueillette, signaler une plante rare, respecter les milieux naturels).
  • Découvrir et respecter ces plantes, c’est participer à la sauvegarde du patrimoine naturel vivant de la région de Roye.

Pourquoi protéger les plantes sauvages autour de Roye ?


Ce n’est pas par caprice administratif que des plantes sont protégées. Il s’agit, concrètement, de prévenir leur disparition à cause de nos activités humaines : agriculture intensive, urbanisation, assèchement des zones humides, arrachage massif, cueillette trop enthousiaste… À Roye et dans la Somme, la densité agricole est importante, ce qui double la vigilance sur certains milieux et espèces rares. La pression s’accroît aussi avec le changement climatique, qui bouleverse le calendrier des floraisons, assèche certaines prairies et fragilise des plantes déjà souvent malmenées par l’évolution des paysages ruraux.

En France, la liste des espèces protégées est fixée à l’échelle nationale (arrêté du 20 janvier 1982 puis du 23 avril 2007 et suivants, INPN, OFB), parfois complétée par des arrêtés régionaux. Dans chaque département, quelques plantes font l’objet d’une vigilance locale renforcée. Et oui : à Roye, nous partageons cette mission, même si elle se joue parfois au coin d’une haie.

Quelles espèces sauvages sont protégées dans le secteur de Roye ?


Faisons le tour des parterres protégés du coin, en nous appuyant sur les données du Conservatoire botanique national de Bailleul, de l’Office français de la biodiversité (OFB), et des listes actualisées par la DREAL Hauts-de-France.

Les orchidées : petits bijoux sous nos pieds

  • Orchis bouffon (Anacamptis morio)
    • Présente dans les prairies maigres, talus ou bords de chemins peu amendés
    • Protégée au niveau régional (Arrêté du 17 mai 2019 pour les Hauts-de-France)
    • Floraison en mai-juin : petites fleurs violettes ou rosées, souvent groupées
  • Ophrys abeille (Ophrys apifera)
    • Imite la forme d’un insecte pour attirer ses pollinisateurs
    • Parfois rencontrée sur les friches, pelouses calcaires ou bas-côtés non fauchés
    • Espèce protégée en Hauts-de-France (même arrêté que ci-dessus)
  • Orchis militaire (Orchis militaris)
    • Rare et localisée autour de Roye, souvent dans les pelouses sur craie
    • Protection nationale et régionale

Quelques autres orchidées sont très ponctuellement signalées dans les vallons secs ou au bord des marais résiduels. Leur point commun ? Beaucoup de patience (et de chance) pour les observer, car dès mai-juin, fauchage ou furetage de renardeaux peuvent les mettre à mal.

Fleurs des zones humides et bords de cours d’eau

  • Grande douve (Ranunculus lingua)
    • Grande renoncule jaune vif poussant les pieds dans la boue
    • Signalée sur les bords de l’Avre ou dans certains fossés préservés
    • Strictement protégée au niveau national (source : INPN)
  • Hottonie des marais (Hottonia palustris)
    • Plante aquatique flottante aux fleurs délicates, rare dans nos fossés
    • Protégée dans la Somme par arrêté régional
  • Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris)
    • Belle clochette à damier violacé, jadis fréquente dans les prairies humides
    • Signalée par endroits dans la vallée de l’Avre (zone de Marestmontiers, Eclusier-Vaux)
    • Protection nationale (rare et très localisée dans la Somme, source : Conservatoire botanique de Bailleul)

Ces espèces sont les premières sentinelles de la disparition des zones humides. Or, ici, au fil du siècle, la plupart des prairies inondables ont laissé place aux champs ou aux lotissements.

Les plantes des bocages et talus calcaires

  • Sabline des chaumes (Sabulina verna)
    • Toute petite, discrète, affectionne les talus secs et les pelouses sur craie
    • Signalée près d’anciennes carrières ou de chemins en surplomb, vers Liancourt-Fosse ou Ercheu
    • Protection sur certains secteurs sensibles (arrêté régional)
  • Rosier des chiens (Rosa canina)
    • Moins menacé, mais parfois protégé localement pour sa diversité génétique

La diversité des plantes des friches et pelouses sèches est sous-estimée, car ces milieux sont menacés (remembrement, retournement des talus, dépôts sauvages).

Comment reconnaître une plante protégée dans le Roye ?


Première règle : l’observation. Les plantes protégées ne se remarquent pas toujours à coup sûr, et la confusion avec des espèces proches est fréquente. Pour éviter une erreur involontaire, la meilleure solution reste de s’armer d’un guide régional précis (disponibles à la Médiathèque de Roye ou auprès des associations naturalistes locales comme Picardie Nature) – ou d’utiliser les applis reconnues (Tela Botanica, INPN Espèces).

  • Repérer leur milieu préféré : zone humide, prairie maigre, vieille friche, talus calcaire…
  • Observer la floraison (en règle générale, évitez de cueillir ou d’arracher tout ce que vous ne reconnaissez pas formellement)
  • Prendre si besoin une photo (sans déranger la plante) pour demander confirmation à un spécialiste ou sur un forum botanique local

Quels sont les risques si l’on cueille, arrache ou perturbe une espèce protégée ?


La récolte, l’arrachage, la coupe mais aussi le transport, la vente de tout ou partie d’une plante protégée sont interdits (article L415-3 du Code de l’environnement). Les sanctions peuvent aller jusqu’à 150 000 € d’amende et deux ans d’emprisonnement pour leur destruction intentionnelle, même si pour un amateur qui aurait cueilli par mégarde, la pédagogie prime le plus souvent. Mais au-delà de la règle, c’est le bon sens qui prévaut : cueillir une espèce rare peut mettre en péril toute une population locale, car beaucoup de ces plantes ont un mode de reproduction lent ou exigent des conditions spécifiques qui ne permettent pas leur retour spontané.

Quel rôle pour les habitants et promeneurs à Roye ?


Chacun à notre mesure, nous pouvons contribuer à la préservation des plantes sauvages protégées :

  • Préserver les zones naturelles lors de promenades : rester sur les sentiers, ne pas piétiner les endroits humides ou riches en fleurs sauvages
  • Informer les enfants (et parfois les adultes !) de l’importance de ces espèces discrètes
  • Participer à des sorties nature avec les associations locales pour mieux apprendre à reconnaître nos espèces indigènes
  • Signaler la présence d’une plante rare ou protégée aux associations ou à la mairie, si besoin
  • Respecter les arrêtés de tonte ou de fauche tardive, notamment dans les espaces communaux, les talus ruraux ou les abords de l’Avre

Sur le terrain, la mobilisation de réseaux citoyens ou de classes scolaires peut faire la différence pour repérer et préserver ces trésors végétaux. Le projet de « Atlas de la biodiversité communale » est en cours dans plusieurs villages du secteur, permettant à chacun de participer à la connaissance et la valorisation de la flore locale (Atlas national de la biodiversité communale).

Des plantes protégées à Roye : un patrimoine vivant à réapprendre


Sous l’herbe de nos talus ou dans la lumière pâle des prairies, les plantes protégées racontent un passé de diversité et de gestes communs. Que l’on soit amateur de balades, jardinier curieux ou habitant attaché à son “coin”, connaître et respecter ces espèces rares fait partie de la transmission locale : un patrimoine vivant, discret, mais essentiel. Et peut-être, la prochaine fois qu’une tête d’orchis dépassera dans la rosée d’avril, saurons-nous la saluer et la laisser fleurir au fil des saisons – pour Roye, et pour tous.

Sources principales consultées : INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel), Conservatoire botanique national de Bailleul (cbnbl.org), Office français de la biodiversité, Picardie Nature, DREAL Hauts-de-France, Atlas de la biodiversité communale.

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