Redécouvrir les trésors vivants des haies bocagères autour de Roye

14 mars 2026


Les haies bocagères, si typiques du paysage entre Roye et ses alentours, jouent un rôle fondamental dans l’équilibre écologique local. Bien plus que de simples séparations de parcelles agricoles, elles :
  • Servent d’abris et de corridors pour nombre d’espèces animales (oiseaux, mammifères, insectes, etc.).
  • Favorisent la diversité végétale en accueillant un large éventail d’espèces indigènes.
  • Protègent les sols de l’érosion, aident à la circulation de l’eau et améliorent la fertilité naturelle.
  • Agissent en barrière naturelle contre le vent, participant au microclimat des champs.
  • Jouent un rôle direct dans la pollinisation et la régulation des populations d’insectes.
  • Gardent une forte valeur paysagère et culturelle dans la région de Roye, attachée à son identité bocagère.
Elles sont aujourd’hui au cœur des préoccupations écologiques, face à leur recul ces dernières décennies.

Un patrimoine verdoyant qui structure notre paysage


Les haies bocagères ne sont pas qu’un souvenir de cartes postales ou d’agendas scolaires. Elles signent la silhouette des champs autour de Roye, sculptant le paysage comme un damier vert — là où, autrefois, elles servaient d’enclos pour le bétail et de réserve de bois de chauffage. Leur histoire est étroitement liée à celle du remembrement mais aussi des pratiques agricoles, notamment dans la Somme où leur implantation remonte au Moyen Âge (source : Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France).

  • Les haies bocagères sont formées d’un mélange d’arbustes (aubépine, prunellier, noisetier, sureau, etc.) et parfois d’arbres hautes tiges (chêne, charme…)
  • Elles mesurent de 1,5 à 5 mètres de haut et constituent parfois plusieurs couches de végétation.
  • On en trouvait des réseaux denses jusqu’au XXe siècle dans la Picardie rurale, dont Roye hérite encore par endroits.

Depuis les années 1950, leur recul est spectaculaire : la France aurait perdu plus de 70 % de ses haies bocagères en un demi-siècle (Planetoscope). À Roye, tout le monde n’a pas oublié ces longs rubans verts, effacés au gré du passage des tracteurs. Leur retour est pourtant vital.

Un abri pour la faune locale : la petite “autoroute verte”


Pour qui observe attentivement, la haie bocagère est un monde en soi, une “autoroute verte” reliant les habitats fragmentés dans nos campagnes.

  • Oiseaux nicheurs : 80 % des espèces locales s’installent ou chassent dans les haies, du merle au troglodyte. Elles offraient, jadis déjà, leur couvert aux linottes, pies-grièches, ou fauvettes.
  • Mammifères discrets : Hérissons, loirs, belettes, musaraignes et même chauves-souris trouvent refuge dans la végétation dense.
  • Amphibiens et reptiles : Orvets, lézards et nombreux crapauds profitent de l’humidité préservée par l’ombre des haies.
  • Insectes alliés des cultures : Coccinelles, syrphes, papillons, abeilles sauvages butinent et se reproduisent dans les buissons. Ce petit peuple silencieux est essentiel à la pollinisation et à la lutte naturelle contre les ravageurs.

Les haies servent aussi de corridor écologique : elles aident la faune à se déplacer entre bois, mares et prairies, limitant l’isolement des populations. Pour l’agriculture autour de Roye, c’est donc aussi un atout, car la lutte biologique fait naturellement son œuvre là où la haie résiste.

Une réserve végétale pleine de ressources


La diversité des essences fait la force des haies bocagères. On dénombre près d’une trentaine d’espèces indigènes fréquentes dans le Nord de la France, chaque plante jouant son rôle, du sol à la cime. Voici, à titre d'exemple, les principales essences rencontrées autour de Roye :

Espèce Rôle écologique
Aubépine Abri pour passereaux, floraison mellifère, fruits pour les oiseaux
Noisetier Nourriture pour les écureuils et rongeurs, bois utilisable
Prunellier Fleurs précoces pour les insectes, refuge pour les petits mammifères
Sureau noir Fleur et fruit pour la faune et l’avifaune, ressources médicinales anciennes
Chêne pédonculé Arbre de haut jet, hôte de plus de 200 espèces d’insectes

Leur complexité offre plusieurs étages de végétation, favorisant la biodiversité tout en modérant la température locale, limitant le ruissellement et freinant l’érosion — un vrai chef-d'œuvre de la nature rurale.

Protection du sol et climat local : des effets insoupçonnés


On n’imagine pas toujours les bienfaits très concrets des haies bocagères sur la qualité des cultures et la gestion de l’eau.

  • Moins d’érosion : les racines maintiennent la terre et atténuent l’impact du ruissellement. Selon la Chambre d’agriculture de la Somme, une haie peut réduire de 60 % la perte de sol sur un talus soumis à la pluie.
  • Barrière contre les vents : la haie ralentit les rafales, protège les cultures du dessèchement et favorise un microclimat favorable à la croissance végétale.
  • Diminution des intrants : en favorisant les auxiliaires de culture, les haies réduisent les besoins en pesticides. Le coût d'entretien, selon les études de l’INRA, est inférieur à celui de la gestion chimique sur la durée.
  • Stockage du carbone : les haies capturent naturellement le CO2. D’après le CNPF, un hectare de haie peut stocker jusqu’à 2 t de carbone par an.

Autrement dit, la haie bocagère, c’est la meilleure alliée du sol picard, qui redonne à la terre une résilience et une souplesse perdues avec la monoculture extensive.

Haies et cultures : alliées ou contraintes ? Témoignages locaux


À Roye, la question du retour des haies s’invite peu à peu dans les discussions agricoles. Rencontres après rencontres, beaucoup de cultivateurs partagent le même ressenti : la haie n’est plus vue comme un “obstacle à la machine”, mais bien comme une digue contre les excès du climat, les coups de vent et la disparition des pollinisateurs. Quelques initiatives voient le jour : plantation de jeunes linéaires, gestion raisonnée, coupes non systématiques.

  • Certains agriculteurs observent une nette augmentation des insectes utiles et une biodiversité plus riche après replantation.
  • La coopérative locale propose désormais une aide technique à la création ou à la restauration de haies, pour retrouver ce patrimoine vivant sans rogner sur la rentabilité.
  • Les écoles — d’Ételfay à L’Échelle-Saint-Aurin — invitent parfois les enfants à planter des arbustes, renouant avec une tradition ancienne : la haie, barrière mais aussi trait d’union entre générations.

Légèrement plus d’entretien, de menus détours à la moisson, certes : mais sur le terrain, on constate surtout une stabilisation des rendements, moins de ravageurs, et la fierté de redonner vie au paysage.

L’avenir des haies bocagères autour de Roye : enjeux et perspectives


Les haies, on s’en rend compte, sont bien plus qu’un décor de fond : elles font partie des réponses face à la crise écologique. Leur préservation figure désormais dans les politiques publiques locales, via les “Trames vertes et bleues” ou le Plan de relance pour la plantation de haies (source : Ministère de la Transition écologique). Mais leur survie repose avant tout sur les choix quotidiens de chacun : jardiniers, agriculteurs, collectivités ou particuliers. L’exemple de Roye montre qu’il n’est pas trop tard pour reconstruire ce maillage naturel : chaque mètre planté aujourd’hui sera demain l’asile de centaines d’espèces. Autour de la ville, chaque bocage remis en vie relie les hommes, le terroir, l’histoire et la biodiversité — un capital vivant à faire circuler et transmettre.

La prochaine fois qu’on s’arrête au bord d’un champ ou d’un chemin creux, prenons le temps de regarder ces haies autrement : elles murmurent l’histoire de notre pays, veillent sur nos solitudes rurales et, mine de rien, façonnent le paysage de nos lendemains.

Sources :

  • Conservatoire d’espaces naturels Hauts-de-France
  • INRA
  • Planetoscope
  • Chambre d’agriculture de la Somme
  • CNPF
  • Ministère de la Transition écologique

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