Secrets et mystères du couvent des Ursulines à Roye : une plongée dans l’inattendu

7 août 2025

Un bout d’histoire, gravé dans la pierre


Tout commence en 1624, quand les religieuses Ursulines s’installent à Roye. Issues d’un ordre fondé à Brescia en Italie, elles sont alors invitées par la ville pour instruire les jeunes filles – une vraie révolution dans une époque où l’éducation féminine reste balbutiante. Ce sont elles qui donneront à ce lieu, encore debout aujourd’hui, une première vie (Source : Gallica BNF).

  • 1624 : Arrivée des Ursulines et début du chantier.
  • XVIIe siècle : Construction des bâtiments - on privilégie la brique rouge et la pierre blanche pour souligner les encadrements, un style typique du pays picard.
  • Environ 30 religieuses à son apogée, une centaine de jeunes filles accueillies chaque année pour “l’école gratuite”.

Le lieu connaît d’ailleurs plusieurs agrandissements, dans une ville qui ne cesse de rebondir malgré les guerres. L’éducation offerte ici s’étire sur plus de 150 ans, jusqu’à la Révolution. Quand sonne la suppression des ordres religieux (1792), une page se tourne : les Ursulines quittent Roye, mais le bâtiment refuse de tomber dans l’oubli.

Un lieu mille-feuilles : du spirituel à l’utilitaire


On pourrait faire une visite rien qu’avec les changements de destination du bâtiment :

  • Pensionnat, puis maison d’éducation laïque au XIXe siècle.
  • Lieu administratif, puis caserne durant la Première Guerre mondiale.
  • Hôpital de fortune pendant les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale (Source : Archives municipales de Roye).
  • Enfin, reconverti en centre culturel et (depuis les années 1980) en salle polyvalente, souvent méconnue du grand public.

À chaque étape, les murs s’adaptent à la société – c’est ça qui en fait un site à nul autre pareil. Il n’est pas qu’un témoin figé : il résonne avec les bouleversements, les espoirs, les cicatrices de la ville. Certains Royens se souviennent encore des bals populaires organisés là dans les années 1960… et des distributions de vivres à la Libération.

Une architecture picarde, entre classicisme et simplicité


L’enveloppe extérieure attire l’œil par sa symétrie sobre. La façade principale donne sur la rue, avec ses grands arcs de brique et sa longue série de fenêtres hautes. Les Ursulines ne chercheront jamais l’ostentation religieuse : ici, pas de clocher ni de grandes statues. La chapelle, située à l’intérieur de l’ensemble, se fond presque dans le paysage urbain.

  • Hauteur sous plafond : près de 4 mètres dans les anciennes salles de classe !
  • Charpente à la Mansart, visible dans les combles (rare dans le secteur).
  • Briques locales fournies par les briqueteries de Montdidier et céramiques artisanales pour la chapelle (d’après l’Inventaire général du patrimoine culturel).

Depuis l’extérieur, on devine à peine la cour intérieure, savamment protégée du bruit – un micro-climat, parfait pour la méditation… ou une pause loin du tumulte de la ville.

Petites histoires et grandes anecdotes


Difficile d’aborder le couvent sans plonger dans quelques mystères. On raconte par exemple qu’un souterrain relierait le couvent aux anciennes fortifications, permettant aux religieuses de fuir en cas de menace : aucune trace matérielle à ce jour, mais la légende a la peau dure (Source : témoignages oraux auprès d’anciens élèves de l’école).

Un autre épisode marquant : le couvent aurait abrité, en 1916, une infirmerie de la Croix-Rouge où l’on soignait, entre autres, des soldats du Commonwealth blessés à la bataille de la Somme (Source : Ministère des Armées).

  • Quelques graffitis de soldats, datés de 1916, sont encore visibles dans les caves ; ils font l’objet aujourd’hui d’un suivi de conservation.
  • On y aurait caché, selon des archives paroissiales, plusieurs œuvres d’art et objets sacrés lors de la Seconde Guerre mondiale pour leur éviter le pillage.

Un patrimoine vivant : redécouvertes et nouveaux usages


Loin d’être un vestige poussiéreux, l’ancien couvent fait l’objet d’un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Des visites commentées s’organisent à la faveur des Journées du Patrimoine, attirant chaque fois une centaine de curieux (Source : Office de tourisme du Grand Roye, chiffres 2022-2023).

On y trouve :

  • Des ateliers culturels (écriture, photographie, théâtre) à destination des scolaires et des associations.
  • Des expositions temporaires sur l’art sacré ou sur la vie éducative d’autrefois.
  • Des rencontres patrimoniales, ouvertes à tous les âges, avec les habitants venus livrer leurs souvenirs.

Ce dynamisme est porté par des bénévoles locaux et par la Ville, qui travaille à inscrire le site à l’inventaire des Monuments historiques. Une façon de valoriser et de préserver ce bâtiment unique pour les prochaines générations.

Pourquoi le couvent des Ursulines frappe encore aujourd’hui ?


Quelques chiffres pour illustrer ce rayonnement : le bâtiment totalise près de 2500 m² de superficie, avec trois ailes principales, plus de 50 fenêtres côté cour et rue, et pas moins de 8 portails différents (Source : Inventaire général). Il accueille chaque année environ 2000 visiteurs lors d’événements, un record pour un édifice non religieux encore debout dans le secteur.

  • Lieu de mémoire et de rencontres intergénérationnelles.
  • Point d’appui pour de futures manifestations culturelles, festivals et projets pédagogiques.
  • Réservoir d’anecdotes locales, de la simple promenade à la reconstitution historique.

Mais, au fond, ce qui rend l’ancien couvent des Ursulines si particulier à Roye, c’est son pouvoir de tisser des liens. Un témoin qui ne juge pas, qui se laisse apprivoiser au fil du temps. On y prend la mesure des siècles passés, tout en scrutant l’avenir du coin de l’œil. Les histoires de soi et des autres s’y croisent, et on ressort rarement d’une visite sans s’être trouvé un attachement discret ou une nouvelle curiosité locale.

Perspectives : et si Roye écrivait la suite ?


Le couvent des Ursulines n’a probablement pas livré tous ses secrets. Nombreux sont ceux qui rêvent aujourd’hui d’y voir s’installer une maison du patrimoine, une médiathèque ou de nouvelles expositions permanentes. Une chose semble certaine : tant que ses murs tiendront, Roye aura un point d’ancrage, solide mais ouvert, pour toutes ses histoires à venir.

La meilleure façon de découvrir le lieu, au fond, c’est d’oser pousser la porte. De s’offrir un moment de silence dans la cour, ou d’écouter le plafond grinçant lors d’un atelier théâtre. Peut-être, alors, deviendrez-vous vous aussi, le temps d’une visite, un morceau de l’Histoire locale.

Pour aller plus loin :

  • Archives municipales de Roye
  • Inventaire général du patrimoine culturel Hauts-de-France
  • Office de tourisme du Grand Roye
  • Bases de données Gallica (BNF)
  • Ministère des Armées - Mémoire des hommes

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