Roye et ses alentours : immersion au cœur des paysages ruraux de la Somme

23 avril 2026

La grande plaine du Santerre : une mer de champs à perte de vue


Impossible de parler de Roye sans évoquer le Santerre. Ce vaste plateau, dont la ville de Roye forme presque le cœur, s’étire en immenses étendues ouvertes, dominées par les cultures céréalières. C’est l’un des paysages agricoles parmi les plus reconnaissables et emblématiques de la région.

  • Des terres d’exception : Le Santerre, c’est un peu le “grenier à blé” de la Picardie. Sols fertiles, limons épais, peu de pentes… Voilà un terrain idéal pour le blé, la betterave, l’orge ou encore le colza qui, au printemps, colore la campagne de jaune éclatant. (Source : Chambre d’Agriculture de la Somme)
  • Un patchwork géant : Les paysages forment de véritables mosaïques : grands carrés ou rectangles de champs, alternant couleurs et textures selon les saisons et les cultures. Depuis la route, cet alignement ordonné offre une impression de régularité, presque paisible.
  • Des haies en voie de disparition : Si autrefois, des haies bocagères séparaient les parcelles, l’évolution de l’agriculture intensive et l’agrandissement des exploitations ont fait reculer ces “coupures vertes”. Sur la plaine du Santerre, les arbres isolés et les bosquets sont devenus des repères rares, presque précieux.

Le plus étonnant, c’est qu’on peut traverser plusieurs kilomètres sans croiser la moindre élévation ! Mais, quelques buttes discrètes, témoins d’anciens tumulus ou de vestiges militaires, parsèment çà et là l’horizon, rappelant tout de même que l’histoire n’est jamais loin.

Bocages et boisements : des parenthèses vertes dans la plaine


À force d’habitude, on risque de penser que notre coin n’est que plaine nue. Pourtant, il suffit de s’écarter un peu, direction les villages au sud et à l’est de Roye (Laucourt, Armancourt, Marestmontiers…), pour tomber sur une campagne plus secrète, rythmée par des bois, des haies et des prairies bocagères.

  • Le bocage picard : Rien à voir avec les paysages du Cotentin, mais tout de même : autour des petites rivières comme l’Avre ou la Luce, les prairies humides et les vieux alignements de saules et de peupliers créent des paysages à l’ambiance toute différente. Ces zones sont aussi précieuses écologiquement : refuges pour la faune, elles abritent parfois des espèces rares en Picardie, comme la loutre ou la cigogne noire (source : Parc Naturel Régional de Picardie).
  • Petits bois et bosquets : Les bois de Crémery ou Dancourt invitent à la promenade et cassent la grande monotonie agricole. On y trouve de jolies surprises : tapis de jacinthes des bois au printemps, chant des grives et, pour les plus chanceux, quelques chevreuils matinaux.
Secteur Caractéristiques Espèces remarquables
Vallée de l’Avre Pâturages bocagers, haies, points d’eau Loutre d’Europe, cigogne noire
Bois de Crémery Chênaie-charmaie, sous-bois riches Chevreuil, chouette hulotte
Sud de Roye Villages aux jardins luxuriants Hérisson, écureuil

Villages et hameaux : le charme discret de l’habitat rural


Ce qui frappe aussi, ici, c’est la manière dont les villages semblent “posés” au milieu des champs — souvent à l’abri d’un léger repli ou d’un bosquet, comme pour se protéger du vent du nord. Certains, minuscules, forment à peine un petit groupe de maisons et une église coiffant sa butte ; d’autres, comme Lassigny ou Cressy-Omencourt, affichent une vraie centralité.

  • Un habitat en brique ou torchis : L’architecture rurale de la région se signale par ses maisons basses, souvent en brique rouge, parfois en torchis recouvert d’enduit clair. Toits à deux pentes, tuiles locales, portails massifs, et — détail pittoresque — ces fameux “jardins d’entrée” fleuris au printemps, pleins de pivoines et de muguet.
  • Patrimoine religieux et civil : Églises gothiques ou néo-romanes, vieux pigeonniers et écoles communales en pierre : chaque village cultive sa différence. À noter, la présence régulière de monuments aux morts, souvent très sobrement intégrés au centre du bourg, rappelant la violence des combats de 14-18 dans la région. (Source : Inventaire Général du Patrimoine des Hauts-de-France)

Quelques villages se distinguent aussi par leur plan en “rue-bourg” très linéaire (Nesle, par exemple), résultat de l’organisation médiévale autour d’une voie principale, tandis que d’autres, comme Armancourt, préfèrent le dispersé ou l’étoile autour de l’église.

Traces de l’histoire : vestiges et cicatrices du passé


Impossible d’ignorer, en arpentant le territoire, la marque laissée par les grands bouleversements historiques : guerres, reconstruction, agriculture moderne…

  1. Les stigmates de 14-18 : Entre les tranchées du Santerre, les “creutes” (anciennes carrières souterraines) et les nombreux cimetières militaires, le paysage porte encore mémoire des batailles : trous d’obus dans la forêt de Thiescourt, alignements blancs de stèles britanniques ou allemandes dans les champs de Wacquemoulin…
  2. Lignes de chemin de fer désaffectées : Au détour d’un chemin, un vieux pont de briques, un talus reboisé… Les anciennes voies ferrées, aujourd’hui transformées pour certaines en chemins de randonnée, découpent encore la plaine et racontent une autre époque, industrielle et bouillonnante.
  3. Les moulins et anciennes sucreries : Autrefois prospères, les sucreries du Santerre (comme celle de Roye, fermée en 2019), ont laissé place à des friches qui marquent la mémoire collective. Quelques moulins subsistent, parfois transformés en habitations.

Eaux, étangs et zones humides : petites oasis du paysage samarien


Aussi surprenant que cela puisse paraître, notre plaine agricole recèle d’innombrables petits points d’eau. Certains sont nés de l’exploitation de glaisières, d’autres de la présence naturelle de nappes affleurantes ou des bras de la Luce et de l’Avre.

  • Les étangs de Nesle ou du Plessier-Rozainvillers : Parfaits pour observer les libellules, la faune aquatique ou les oies cendrées migratrices (Source : Site Natura 2000 “Vallée de la Luce”), ils sont aussi des lieux appréciés des pêcheurs et des promeneurs.
  • Marais, mares et tourbières : Discrets, parfois cachés dans une courbe de rivière, ils constituent des microcosmes fragiles, mais capitaux pour la biodiversité. Les grenouilles y chantent, les hérons les surveillent d’un œil expert.
Site Particularité Espèces observées
Étangs de Nesle Eaux dormantes, roselières Oies, hérons, libellules
Marais de l’Avre Prairies inondées au printemps Canards, grenouilles, couleuvre à collier

Des paysages façonnés par des usages et des hommes


Au fond, ce que l’on voit autour de Roye, c’est la somme (sans jeu de mots) de siècles de travail humain, de bouleversements économiques et de renoncements, parfois, face à la modernité. Mais c’est aussi une campagne vivante qui sait se réinventer :

  • Installations de maraîchers bio ou circuits courts, qui réintroduisent bocages et haies dans la plaine.
  • Fermes pédagogiques, balades naturalistes, chasse et pêche : autant d’usages différents qui entretiennent le lien entre habitants et patrimoine rural.
  • Fleurissements collectifs, fêtes des moissons, marchés de producteurs : la vie rurale connaît un regain d’intérêt, et ça se sent dans les paysages que l’on traverse, moins figés qu’autrefois.

Au détour des chemins : une campagne qui mérite l’attention


En s’arrêtant sur un bord de route, il suffit d’un regard attentif pour percevoir les mille couches qui composent ce territoire : la régularité rassurante de la plaine du Santerre, la fraîcheur insoupçonnée d’un bosquet d’aulnes, un clocher dressé dans la brume matinale, le va-et-vient des engins agricoles ou le vol nerveux des buses au-dessus des labours.

Finalement, les paysages ruraux de la Somme autour de Roye, ce ne sont pas seulement des kilomètres de champs, mais un jeu subtil entre nature, histoire et présence humaine. Un patrimoine vivant, à parcourir sans se presser, pour s’offrir le luxe — rare — de voir grandir, saison après saison, un pays que l’on croyait connaître.

Sources : Chambre d’Agriculture de la Somme ; PNR Picardie ; Inventaire Général du Patrimoine des Hauts-de-France ; Natura 2000 Vallée de la Luce ; Géoportail IGN.

En savoir plus à ce sujet :