Explorer les paysages qui font l’âme de la Somme à deux pas de Roye

1 juin 2026

Une impression familière dès le matin


Il y a ces matins où la brume s’accroche mollement aux champs, où le silence n’est troublé que par le cri d’un faisan réveillé trop tôt. Ce paysage, on ne le cherche pas, on tombe dedans en ouvrant la fenêtre. Ici, autour de Roye, la Somme se révèle discrète, jamais tapageuse, mais l’identité du territoire explose, si l’on prend le temps de regarder. Mais alors, quels paysages incarnent vraiment ce coin de Picardie ? On a chaussé nos bottes, pris nos jumelles et, surtout, ouvert grand les yeux et les oreilles pour vous emmener à travers prairies, bosquets, vallons et villages.

Les plaines céréalières : la mer dorée du Santerre


Difficile de faire plus typique que les vastes étendues cultivées du Santerre : une mosaïque de champs qui ondule à perte de vue – blé, orge, betterave, colza selon la saison. Cette plaine, qui occupe une grande partie de l’Est de la Somme (et du département de l’Oise voisin), encercle Roye presque partout. Ici, l’homme façonne le paysage depuis l’Antiquité : les grandes fermes isolées évoquent encore ces mutations agricoles d’après-guerre, où on a remembré, agrandi, modernisé.

  • Un chiffre marquant : 67 % du territoire de la Somme est dédié à l’agriculture – ce qui en fait l’un des départements les plus agricoles de France (source : Agreste, Ministère de l’Agriculture).
  • Un spectacle saisonnier : Au printemps, la floraison jaune du colza transforme les horizons en océan d’or, et l’été venu, les moissons animent les chemins de leurs allers-retours. La vue, immense, donne ce sentiment unique de respirer… large.

Ce paysage n’est pas figé : avec l’alternance des cultures, chaque mois, chaque route de traverse réserve sa surprise. On comprend vite que le Santerre, c’est moins un décors qu’un immense tableau vivant. C’est le territoire des agriculteurs, des haies survivantes, quelques bosquets résiduels, et du vent – toujours.

Vallées et rivières, veines secrètes du pays


À peine quelques kilomètres suffisent pour dégringoler doucement des plateaux dans les vallées du Pays Neslois ou du versant de la Luce, à l’ouest de Roye. Et là, changement d’ambiance. Là où les champs cèdent la place, les rivières prennent le relais et redessinent le paysage.

  • Les sources de la Luce, vers Cressy-Omencourt ou Grivillers — rivières discrètes, spots de pêche et de balades, où le silence n’est dérangé que par la course rapide de l’eau.
  • La vallée de l’Avre, à partir de Moreuil – l’une des plus belles (et vertes) dépressions de la région. Elle abrite des prairies humides, des roselières, et un petit patrimoine méconnu.

Ces vallées forment toujours le grand paysage picard : l’eau au creux, le blé en haut. À la belle saison, les contrastes de dénivelés, les reconquêtes végétales, quelques vaches en liberté, créent une richesse rare. Ces vallées sont aussi des refuges pour la faune : hérons, cigognes, canards… et les promeneurs du dimanche !

Un coup d’œil au cadastre napoléonien montre combien ces sinuosités aquatiques conditionnent la vie locale depuis des siècles : villages alignés le long des rivières, anciennes voies d’eau indispensables (source : Archives départementales de la Somme). Tout autour de Roye, on aime longer ces “veines” pour ressentir un autre rythme.

Forêts, bois et landes : les respirations du pays


On parle peu des forêts autour de Roye, et c’est sans doute pour cela qu’elles transportent une forme d’intimité. S’il n’y a pas de grands massifs forestiers, une poignée de boisances forment pourtant d’authentiques paysages d’ambiance :

  • Le Bois de Moreuil, immense réserve du sud-est picard (5 000 hectares) riche en chênes, ormes, et fougères – terrain de jeux des chasseurs, royaume des chevreuils.
  • Bois de Hangest, de Roye, et de Bouillancourt-la-Bataille : des écrins camouflés, sympas pour les amateurs de champignons et ceux qui cherchent la fraîcheur.
  • Landes de Marchélepot : Un paysage hybride, qui illustre les anciennes friches militaires, où la nature a tranquillement repris ses droits. On y découvre un dégradé de couleurs : bruyères, ajoncs, petites mares qui rustinent le paysage.

Ces bois et landes rappellent une histoire, celle des anciennes seigneuries, des guerres passées, des forêts refuges – pour la faune comme pour la mémoire locale. On aime ces respirations, parfaites pour une promenade automnale ou une expédition mycologique (quand la météo veut bien !).

Villages de brique, cœurs battants de la campagne


Impossible d’évoquer les paysages sans parler du bâti qui les compose : ici, le village picard est indissociable de l’identité du pays. Autour de Roye, la brique rouge flirte partout avec la pierre calcaire. Les maisons jouent la carte de la simplicité, souvent allongées d’une grange ou d’une étable qui témoignent du passé agropastoral des lieux.

Parmi les villages typiques à ne pas manquer :

  • Liancourt-Fosse – son alignement parfait et ses toitures d’ardoise forment une carte postale inratable du Santerre.
  • Beuvraignes – connu pour ses pigeonniers et sa belle église du XIXe siècle.
  • Morlincourt et Tilloloy – villages dans l’ombre de châteaux imposants, mémoire vivante (et parfois ouverte à la visite lors des journées du patrimoine).

Souvent, un simple clocher vient interrompre l’horizontalité du paysage rural. Ce sont des points d’ancrage, des repères familiers pour qui sillonne la plaine. Leur charme tient aussi à leurs détails : enseignes forgées, linteaux gravés, cours pavées… On y retrouve des traces d’un mode de vie communautaire, où la place centrale servait à tout – marché, foire, pause papotage.

Marais, étangs et gravières : le retour de l’eau sauvage


Si la Somme, au sens départemental, évoque souvent les grandes zones humides d’Amiens ou de la vallée d’Abbeville, il n’en reste pas moins qu’autour de Roye, l’eau façonne aussi ses propres paysages “sauvages”. Ces dernières décennies ont même vu renaître nombre de plans d’eau, notamment :

  • Les gravières de l’ancien canal du Nord : aujourd’hui reconverties en zones de pêche, d’observation ornithologique – des spots où patientent les hérons et les pêcheurs à la carpe.
  • Les petits marais du secteur de Champien ou Marchélepot : écosystèmes inattendus, en reconquête permanente sur l’homme et la culture céréalière.

Ce patrimoine “naturel reconstitué” attire oiseaux migrateurs, libellules, amateurs de kayak ou de simple farniente. À noter : la protection de ces sites est souvent assurée par des associations naturalistes ou la Fédération départementale de pêche (source : Fédération de la Somme pour la pêche et la protection du milieu aquatique).

Les traces de la Grande Guerre, paysages de mémoire


Impossible de traverser Roye et la région sans croiser, au détour d’un champ, des croix blanches ou des cimetières britanniques, vestiges de la Première Guerre mondiale. La bataille du Santerre en 1916 (et la dure reprise de 1918) a laissé des cicatrices : paysages lunaires d’alors, aujourd’hui redevenus champêtres, sous lesquels dorment encore d’innombrables vestiges.

Parmi les lieux emblématiques :

  • Marchélepot – son mémorial et ses sentiers balisés rappellent la dureté des combats.
  • Le Circuit du Souvenir – à cheval entre Somme et Aisne, longe des champs autrefois éventrés par les tranchées, aujourd’hui couverts de blé et de coquelicots.

À chaque “stèle isolée” ou chemin creux, on sent que le paysage n’est pas qu’un décor : il se souvient, il tient debout sur une histoire lourde. Pour les promeneurs, c’est une façon émouvante et unique d’arpenter la campagne.

Un patchwork évolutif, miroir des gens d’ici


Difficile, vraiment, de réduire l’identité paysagère du coin à un seul cliché ! Entre champs et rivières, forêts et villages, le secteur autour de Roye affiche une étonnante diversité. L’équilibre entre nature et culture, entre patrimoine visible et passé enfoui, se lit à chaque détour de chemin.

Ici, chaque saison offre un nouveau visage, chaque matin révèle une lumière différente sur ces décors tranquilles. Le paysage, plus qu’une simple carte postale, raconte l’histoire de celles et ceux qui le vivent, l’entretiennent ou le traversent.

Pour qui veut ressentir la Somme “de l’intérieur”, il n’est qu’à enfiler ses chaussures de marche, s’arrêter dans un village, longer une rivière ou humer le vent dans la plaine. Et se dire, simplement, qu’on marche là où l’histoire, la nature et le quotidien s’emmêlent — et ce n’est pas près de changer.

Sources :

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