Prendre le large : s’ouvrir la plaine picarde autour de Roye

20 avril 2026

La plaine picarde : une carte postale géante à ciel ouvert


Ici, on n’a pas les reliefs escarpés ni les forêts denses des grandes régions. Mais ce que la Somme offre, c’est le souffle de ses horizons. Autour de Roye, on est dans le cœur de la "grande plaine", cet océan de terres cultivées, parsemé de villages-rue, d’églises posées à cru, de petits bosquets comme des îles.

La plaine picarde, c’est une originalité géologique : un plateau limoneux, modelé par l’histoire agricole, qui s’étend au sud-est du département de la Somme et mord sur l’Oise et l’Aisne. À Roye, on est pile entre deux eaux : la vallée de l’Avre à l’ouest, la vallée de la Somme à l’est. 400 mètres au-dessus du niveau de la mer ? Non, ici, on culmine humblement autour de 80 à 120 mètres !

C’est plat ? Oui, et alors ? C’est surtout ouvert. Ce « vide » visuel impressionne, surtout quand on vient de régions bocagères. Mais quand on s’y promène, c’est tout sauf monotone.

Balades, marches et vélo : mille et une façons de traverser la plaine


Marcher sur les chemins creux et doux

Sur la commune de Roye et ses alentours, les réseaux de chemins sont hérités des temps anciens : anciennes voies romaines, chemins de contrebande ou sentiers de « patures ». Le GR123, par exemple, traverse la région du nord au sud quelques kilomètres à l’ouest de Roye (Somme Tourisme).

  • Le tour des villages-rue : Prendre le départ depuis Liancourt-Fosse ou Vrély, c’est s’offrir un parcours en boucle sur des chemins blancs, sous le regard de quelques haies et moulins. L’occasion d’observer la disposition singulière de nos villages, typiques de la région.
  • Roye — Bus-la-Mésière : À pied, c’est une douce balade de 7 km aller simple, à travers champs ondoyants et minuscules bosquets.
  • Les « chaussées Brunehaut » : ces anciens axes gallo-romains, dont certains tronçons sont encore visibles autour de Marché-Allouarde et Dancourt-Popincourt, donnent une dimension historique à vos marches.

À vélo : goûter à l’infini

La plaine picarde, c’est le vrai terrain de jeu du cycliste amateur ou aguerri.

  1. Roye — Nesle par le plateau : Une vingtaine de kilomètres où l’on pédale dans les petits vents d’ouest, au milieu des cultures, avec de multiples points de vue sur les silos et les clochers.
  2. L’Avre à bicyclette : Suivre les méandres de la rivière Avre, de Roye jusqu’à Hattencourt, c’est alterner entre bosquets, peupleraies et grands champs.

Petit conseil : même si ce n’est pas la montagne, le vent peut surprendre. On l’appelle le « vent d’galette » dans le coin !

Observer, sentir, écouter : la plaine picarde au fil des saisons


On croit tout voir d’un simple coup d’œil. Et pourtant, la plaine bouge, change de couleurs, selon les heures et les saisons.

  • Printemps : Explosion de verts, jaune éclatant des colzas, présence discrète des chevreuils dans les chaumes.
  • Été : Ciels immenses, blés dorés, bruit des moissonneuses et concerts d’alouettes.
  • Automne : Terres nues, labours dessinés comme des patchworks, brumes matinales et lumières rasantes.
  • Hiver : Blanc mat, lignes nues et envols d’oies sauvages en migration.

Loin des clichés sur une campagne monotone, on découvre tout un bestiaire local : lièvres au galop, faisans bruyants, buses perchées sur les lignes téléphoniques, ou ces énormes rassemblements d’étourneaux l’hiver au coucher du soleil près de Roiglise.

Des paysages habités : patrimoine bâti et mémoire de la plaine


Moulins, églises et silos : l’architecture de la grande plaine

Au détour d’un champ, on s’arrête face aux toitures massives de nos églises. À L’Échelle-Saint-Aurin ou Tilloloy par exemple, l’église trône, isolée ou accolée à quelques maisons, témoin des communautés d’hier. Les silos à grain, modernes cathédrales d’acier, rythment l’horizon : ce sont eux, aujourd’hui, qui donnent la mesure du paysage.

Un détour aux anciens moulins de Cressy-Omencourt ou de Marché-Allouarde inspire le même sentiment : ici, l’homme façonne le paysage autant que la nature. Beaucoup de ces bâtiments ne se visitent plus, mais constituent des “points d’appel” lors de balades à pied ou à vélo (Patrimoine culturel, POP).

Les traces de la Grande Guerre : la plaine marquée par l’histoire

Impossible d’arpenter la plaine sans passer près des nécropoles, des stèles ou des cratères de guerre. De Roye à Beuvraignes, le territoire fut un théâtre sanglant de la Grande Guerre, en particulier lors de l’avance allemande de 1914 et des offensives de 1918.

  • Cimetières militaires de Montdidier et Beuvraignes : symboles poignants, à la lisière des champs.
  • Les églises reconstruites : L’architecture typique de l’après-guerre se lit sur bien des façades, notamment à Bus et Dancourt-Popincourt.
  • La « ligne du front » à tracer sur la carte : certains circuits vélo ou voiture longent la frontière mouvante de 1914-1918, matérialisant l’histoire sur le terrain (Source : Mission du centenaire 14-18)

Prendre le temps de lire les panneaux explicatifs, c’est comprendre l’épaisseur de ces champs qu’on foule d’un pas léger.

Les bonnes pratiques pour explorer et respecter la plaine picarde


La plaine n’est pas un décor neutre — c’est un espace de travail, de vie, de mémoire. Quelques petits rappels pour s’y promener façon “habitant responsable” :

  • Rester sur les chemins : Les cultures et prairies sont souvent privées, et on évite de piétiner semis ou repousses.
  • Penser à la météo : La plaine, c’est magnifique, mais le temps change vite. Le vent peut forcir, la pluie rendre les chemins impraticables, et l’absence d’ombre peut surprendre en été.
  • Privilégier les balades silencieuses : Pour observer la faune, mieux vaut marcher doucement et parler à voix basse.
  • Ramener ses déchets : Même un simple mouchoir s’envole loin avec le vent du plateau…

Pour des itinéraires balisés, on peut consulter les topo-guides communaux ou passer à l’office de tourisme, place d’Armes à Roye (Tourisme Roye).

Idées d’itinéraires : trois parcours à tester autour de Roye


Départ Distance Atouts Période conseillée
Roye — Bus-la-Mésière (A/R) 14 km Chemins blancs, haies, vue sur le clocher de Bus Printemps, automne
Vrély — Cressy-Omencourt (boucle) 18 km Patrimoine moulin, petites routes calmes Été
Roye — Roiglise — L’Échelle-Saint-Aurin 10 km Chenaux de la grosse plaine, observation d’oiseaux Hiver, fin d’automne

Un paysage à vivre plus qu’à photographier : quand la plaine devient expérience


Marcher ou rouler dans la plaine picarde, c’est prendre le temps des silences, des points de vue qui s’ouvrent et se referment, de la lumière qui court sur les champs. On s’invite à quitter le bitume pour un chemin, à lever les yeux vers un vol de grues, à écouter le bruit du vent. On revient, souvent, un peu plus léger, les bottes sales et la tête aérée.

Entre l’histoire sous nos pas, les paysages changeants, les rencontres sur un talus ou à la sortie d’un village, c’est toute une région qui se livre avec sobriété et générosité. Alors, la prochaine fois qu’on quitte Roye par la route de Péronne ou de Montdidier, on laisse la routine au coffre, juste pour goûter à l’infini de la plaine. Qui sait, la Picardie n’en finira peut-être jamais de nous surprendre.

En savoir plus à ce sujet :