Les mammifères des champs de Roye : rencontres inattendues au détour d’un sillon

31 décembre 2025


Autour de Roye, la campagne cache une surprenante diversité de mammifères sauvages que l’on peut croiser, pour peu qu’on sache ouvrir l’œil et tendre l’oreille aux bonnes heures. De l’élégant chevreuil au discret blaireau, en passant par le surprenant retour du renard et la course effrénée du lièvre, ces habitants partagent notre territoire en toute discrétion. Sous les haies, dans les blés, au bord des chemins ou à la faveur de la nuit, ils laissent des traces et font battre le cœur vivant de notre Picardie rurale. Apprendre à les reconnaître et comprendre leurs habitudes permet d’apprécier pleinement ce patrimoine naturel souvent insoupçonné mais ô combien précieux pour l’équilibre de nos campagnes.

Chevreuils et lièvres : les vedettes des plaines


Impossible d’arpenter les alentours de Roye sans évoquer d’abord deux emblèmes de nos campagnes : le chevreuil et le lièvre. Présents depuis des générations, ils ont résisté (non sans mal) à l’intensification agricole et demeurent les stars des petits matins ou des fins de journée, quand le soleil rase les labours.

  • Le chevreuil (Capreolus capreolus) Il mesure de 60 à 70 cm au garrot, pour 15 à 30 kg. Facilement reconnaissable à ses reflets roussâtres l’été, il arbore une petite tache blanche sous la queue – le miroir – qui trahit sa présence lorsque le groupe détale. Connu pour sa grande discrétion, il apprécie les sous-bois et les lisières, mais sort volontiers dans les cultures au petit matin ou au crépuscule. Sa population a plutôt augmenté depuis une cinquantaine d’années, profitant de la reconstitution de haies et d’un climat plus doux (source : ONCFS).
  • Le lièvre d’Europe (Lepus europaeus) Plus nerveux et rapide, il file à plus de 70 km/h sur courte distance ! Moins dépendant du couvert que le chevreuil, il affectionne les cultures céréalières, où il trouve abri et nourriture. On le distingue du lapin par ses grandes oreilles noircies au bout. Si son effectif a malheureusement fortement chuté depuis les années 1970, il reste bien présent sur notre secteur, notamment là où la diversité des cultures est maintenue.

Petite astuce pour repérer leur présence : cherchez, tôt le matin, des empreintes fines dans la boue ou la rosée, ou bien, en hiver, des crottes en forme de billes (chevreuil) ou de cylindres secs (lièvre).

Renards, blaireaux et compagnons discrets des bordures


Autrefois conspués, maintenant objets d’attention écologique, renards et blaireaux prospèrent dans le patchwork de bocages et cultures autour de Roye, pour peu que les abris (haies, talus, vieux murs) leur soient laissés.

  • Le renard roux (Vulpes vulpes) Ce malin au pelage roux, museau effilé et queue touffue, se révèle avec la baisse de la lumière. C’est le parfait opportuniste, friand de petits rongeurs (campagnols, souris), lapins, mais aussi fruits tombés ou déchets oubliés. Sa régulation naturelle par la maladie (gale, échinococcose) limite heureusement ses proliférations. Sa population s’est stabilisée, voire accrue, depuis la baisse de l’usage massif des produits chimiques agricoles.
  • Le blaireau européen (Meles meles) Rarement vu mais souvent repéré par ses terriers, le « blaireautière », et les traces de fouilles dans la terre meuble : il creuse des réseaux impressionnants sous les talus. Nocturne, il sort à la nuit tombée, et ses régimes alimentaires sont variés : vers de terre, fruits, restes divers. Il contribue au maintien d’un sol vivant. La Picardie compte plusieurs noyaux de population, présents aussi dans le secteur de Roye (source : Picardie Nature).

On peut parfois deviner leur présence à des poils accrochés aux barbelés, des crottes déposées sur les passages (appelées latrines chez le blaireau), ou simplement par des traces caractéristiques dans la terre fraîche.

Lapins, hérissons, musaraignes : les petites figures du quotidien


Plus discrets, mais tout aussi fascinants, les petits mammifères abondent aussi autour de Roye. Si certains restent farouches, d’autres n’hésitent pas à s’aventurer près des habitations – voire dans les jardins à la périphérie.

  • Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) Nettement plus petit que le lièvre, il creuse de véritables cités souterraines, souvent dans les talus. On reconnaît facilement ses terriers circulaires et les petits monticules de terre à leur entrée. S’il demeure vulnérable aux épidémies (myxomatose, VHD), il reste bien installé dans les secteurs non surchassés.
  • Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) Petit auxiliaire de nos jardins, il se balade la nuit, en quête d’insectes, escargots ou baies. Menacé par la circulation routière et l’usage de pesticides, il trouve parfois refuge dans les haies anciennes ou les tas de bois à l’orée des champs. Sa présence témoigne d’un écosystème riche et varié. Il est désormais « quasi menacé » selon l’UICN France.
  • Les musaraignes et mulots Moins visibles, ces minuscules mammifères participent activement à la vie du sol. Indicateurs précieux de la santé des milieux, ils servent aussi de proies à bien d’autres – rapaces, renards, belettes. On peut reconnaître leurs galeries et petits trous dans les talus friables.

Autres rencontres possibles : sangliers, belettes et hermines


Parfois, la campagne réserve des surprises moins fréquentes, mais toujours réjouissantes pour qui aime observer la faune locale. Voici quelques invités plus occasionnels autour de Roye.

  • Le sanglier (Sus scrofa) Moins courant en plaine que dans les forêts, il peut toutefois s’aventurer dans nos cultures, surtout en période de maïs ou de blé à maturité. La vigilance des agriculteurs est alors de mise ! Les traces boueuses à lisière des bois, ou des zones de « réglage » (fouilles du sol) trahissent sa venue.
  • La belette (Mustela nivalis) et l’hermine (Mustela erminea) Petits carnivores agiles, difficiles à voir mais indispensables ! Elles contrôlent les populations de rongeurs, s’invitent dans les granges ou foulent la marge des cultures en chasse. Leur corps élancé, queue noire pour l’hermine, permettent de les distinguer lors d’une rencontre rapide.
  • Le putois (Mustela putorius) Moins connu, le putois fréquente les prairies humides, mares et fossés, mais traverse parfois les cultures à la recherche de grenouilles ou de campagnols.

Comment observer les mammifères sauvages autour de Roye ?


Observer cette faune demande un brin de patience et quelques bonnes habitudes. L’idéal : sortir tôt le matin ou à la tombée de la nuit, se poster contre une haie en silence, et éviter les vêtements bruyants. Munissez-vous de jumelles et avancez à pas feutrés. Voici un tableau récapitulatif des meilleures périodes et endroits pour croiser chaque espèce courante du secteur :

Espèce Périodes favorables Milieux privilégiés Signes de présence
Chevreuil Printemps, automne ; à l’aube et au crépuscule Lisières, grandes cultures bordées de haies Empreintes, crottes billes, miroir blanc fuyant
Lièvre Toute l’année, surtout au lever/coucher du soleil Champs de céréales, luzernes, colzas Fugues soudaines, empreintes longues et fines
Renard Crépuscule/nuit Haies, champs ouverts, prairies bordées Cris, crottes torsadées, trouées dans les haies
Blaireau Nuit, sorties plus fréquentes au printemps Talus, bosquets, lisières boisées Terriers profonds, latrines, traces larges
Lapin de garenne Matinée, soirée Terriers dans les talus, friches Entrées de terriers, crottes rondes
Hérisson Nuit Bords de champs, haies anciennes, jardins Ronflements doux, traces dans la rosée

Un patrimoine naturel fragile et précieux


Observer ces mammifères, c’est redécouvrir que nos campagnes ne sont pas vides, et que les champs offrent plus que du blé et du colza. Ils forment un précieux réservoir vivant, qui témoigne de la qualité des paysages et du maintien d’une certaine mosaïque agricole : haies, mares, jachères, talus… À l’heure des grands bouleversements climatiques et des crises de la biodiversité, chaque haie préservée, chaque bosquet non broyé, chaque friche laissée en paix devient un abri pour ce petit peuple discret mais vital.

Les naturalistes locaux, associations comme Picardie Nature (picardie-nature.org), et le suivi ONCFS (ofb.gouv.fr) rappellent l’importance de préserver cette diversité. Quelques gestes simples y contribuent : ralentir en voiture la nuit, préserver les haies, limiter les pesticides, et (re)découvrir, avec ses enfants, le plaisir d’attendre un bond au détour d’un champ.

Chasser la routine du regard, s’émerveiller devant l’ordinaire, voilà un bon programme pour apprécier Roye autrement, en compagnie de ces habitants pas si sauvages. La vie discrète des champs continue, à qui sait l’observer.

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