Rencontres sauvages : où observer chevreuils et sangliers autour de Roye ?

3 janvier 2026


Pour qui rêve de croiser la route d’un chevreuil ou d’un sanglier près de Roye, plusieurs secteurs naturels remarquables s’y prêtent, à condition d’adopter la discrétion nécessaire à l’observation de la faune sauvage. La Plaine picarde, les boisements autour des villages (Saint-Mard, Bouillancourt-la-Bataille, Hattencourt, Faverolles), et les abords de la forêt de Moreuil sont de véritables havres pour ces animaux emblématiques. Il est précieux de connaître les meilleurs moments pour observer ces espèces, de respecter certaines règles pour leur tranquillité et d’avoir quelques repères pour maximiser ses chances sans risquer de perturber l’équilibre fragile des milieux naturels.

Chevreuils et sangliers : les grandes figures de nos campagnes


Ils sont les héros silencieux des balades matinales et des retours de soirée, ceux dont on devine la présence au détour des chemins, bien plus souvent qu’on ne les voit vraiment. Le chevreuil, élégant, nerveux, l’œil aux aguets ; le sanglier, farouche et massif, maître du sous-bois, rarement seul mais en harde, surtout à la nuit tombée.

Ce n’est pas un hasard : la Somme abrite une belle diversité d’espèces, forcément plus confidentielle que dans les forêts denses de l'Est, mais robuste grâce à l’équilibre entre cultures, haies, bois et friches. À Roye et alentours, plusieurs secteurs offrent le décor idéal pour croiser ces animaux en toute quiétude — si on sait où regarder.

Où les observer autour de Roye ? Les meilleurs coins… à condition de rester discret


  • La plaine entre Roye et la forêt de Moreuil :

    Cette vaste ceinture de champs, entre Roye, Grivillers et Rubescourt, sert souvent de couloir de déplacement aux chevreuils, faciles à apercevoir à l’aube ou à la tombée du jour. Les animaux s’y aventurent pour se nourrir, surtout quand les cultures offrent refuge (blé, maïs, luzerne arc-boutés en guise d’abris).

  • Les bois de Saint-Mard, Bouillancourt-la-Bataille et Hattencourt :

    Petits mais riches en sous-bois et franges forestières, ces sites sont appréciés surtout des sangliers, friands du couvert et de la facilité de se dissimuler. On y trouve aussi bien des empreintes, des traces de fouille (« boulis ») que parfois de jeunes marcassins, suivant la compagnie maternelle.

  • La coulée verte du Guerbigny-Faverolles :

    Un chapelet de bois, de buissons denses et de prairies humides longe la Petite Avre. On y surprend volontiers des animaux venant s’abreuver ou traverser la rivière — attention, la tranquillité des lieux reste leur meilleure alliée contre la curiosité humaine.

  • Les lisières de la forêt de Moreuil :

    Au sud-ouest de Roye, la grande forêt de Moreuil déborde jusqu’à Mézières-en-Santerre. Les lisières, plus facilement accessibles, sont excellentes pour un affût discret, surtout au lever du soleil. Les sangliers y sont plus nombreux, même s’ils restent prudents en zones chassées.

Quand espérer croiser chevreuils ou sangliers ?


Comme tous les animaux sauvages, nos vedettes locales cultivent un art de l’esquive. Voici ce qu’il faut retenir pour mettre toutes ses chances de son côté :

  • Au lever et au coucher du soleil : Chevreuils et sangliers sortent alors de leur retraite ou prennent le chemin du gîte nocturne. Ces « heures dorées » sont réputées pour leur calme, loin des bruits diurnes, propices à leur activité.
  • À la faveur de la brume ou de la pluie fine : Les jours couverts, l’activité humaine diminue, rendant les animaux moins méfiants et plus visibles, notamment en bordure de bois ou de haies.
  • De septembre à mars : L’automne et l’hiver, moins de feuillages mais plus de traces dans la boue : empreintes, coulées, souilles. À l’inverse, la fin du printemps et l’été offrent de belles surprises, grâce aux jeunes chevreuils et marcassins en sortie d’apprentissage.

Comment bien observer sans déranger ? Les règles d’or du naturaliste amateur


Observer la faune sauvage chez nous requiert quelques précautions :

  • Être silencieux et patient : On évite les cris, les mouvements brusques, on s’immerge dans le paysage. Patience et calme sont de mise, y compris lors d’une marche sur les chemins agricoles.
  • Choisir l’affût plutôt que la traque : Se poster sur un talus, à l’abri du vent, repérer les coulées (chemins tracés par les bêtes), s’asseoir… et attendre. Les jumelles sont des alliées précieuses pour ne pas s’approcher de trop près.
  • Respecter les propriétés : Ne pas pénétrer dans les champs sans l’accord du propriétaire, rester sur les chemins balisés. L’observation ne justifie pas l’intrusion.
  • Limiter les dérangements : Un animal qui fuit souvent est un animal stressé et vulnérable aux prédateurs. On évite de poursuivre, de s’approcher des petits : regarder oui, rapprocher non.

Reconnaître les traces et indices : la nature nous parle


On ne croise pas toujours un animal… mais on peut guetter ses indices :

  • Empreintes dans la boue ou la neige :
    • Le chevreuil laisse de fines marques en forme de cœur, longues d’environ 4 à 5 cm.
    • Le sanglier produit une empreinte plus large et arrondie, souvent accompagnée de griffes ou de traces désordonnées de fouille au sol.
  • Traces de repas :
    • La « fauchée » du chevreuil (herbes ou jeunes pousses mangées net).
    • Le sol « labouré » ou « bourru » par le sanglier, à la recherche de tubercules ou de vers.
  • Souilles et bains de boue : Les sangliers adorent se rouler dans la terre humide pour se débarrasser des parasites. On repère facilement ces petites mares de boue aux abords des bois.
  • Excréments, touffes de poils : Dernière signature discrète mais éloquente sur le passage de ces animaux méfiants.

Les dangers (et précautions à prendre) : parce que la vie sauvage, c’est… sauvage


Il ne s’agit pas d’inquiéter, mais de rappeler quelques basiques, pour soi comme pour la nature :

  • Le respect des périodes de chasse : Entre septembre et février, la chasse est autorisée sur de nombreux territoires (source : ONCFS). Privilégier les sorties en dehors du week-end, porter des couleurs voyantes sur les chemins, et se renseigner localement.
  • Ne jamais nourrir la faune sauvage : Outre le dérèglement alimentaires, l’habituation à l’homme est une source de danger pour ces espèces comme pour les riverains.
  • Prévoir jumelles, vêtements sobres, et une bonne lampe frontale si vous vous aventurez au crépuscule, mais éviter les fortes lumières pour ne pas éblouir la faune (source : ASPAS).
  • Rester vigilant en voiture sur les petites routes au lever et au coucher du soleil : Les collisions avec les chevreuils et sangliers sont fréquentes, mieux vaut lever le pied.

Anecdotes et moments insolites : ils peuplent nos histoires


L’observation d’un sanglier en pleine vadrouille, qui stoppe net en croisant un tracteur, la fuite souple d’une chevrette surprise au coin d’un bois, le bal des jeunes, les « caprioles » lors du rut… Ces moments précieux marquent les mémoires locales : beaucoup d’agriculteurs, de chasseurs et de randonneurs gardent en tête leur chevreuil préféré ou la harde ayant traversé le sentier devant eux.

Les archives rapportent, par exemple, de fréquentes incursions de sangliers jusqu’aux premières maisons des villages d’Hattencourt et Andechy les soirs d’hiver rigoureux. L’an dernier, à la fin du confinement, plusieurs familles de chevreuils semblaient plus audacieuses, s’aventurant dans les pâtures proches de l’agglomération, pour le plus grand bonheur (et parfois la surprise) des promeneurs matinaux.

Pour aller plus loin : s’initier à l’observation responsable


Plutôt que de miser sur le hasard, plusieurs associations proposent des sorties découvertes encadrées, notamment la Picardie Nature, très active sur le territoire. Certains guides naturalistes acceptent aussi d’accompagner les petits groupes, avec parfois du matériel d’écoute ou de vision adapté. Enfin, les passionnés de photographie animalière trouveront plusieurs groupes locaux (Facebook «Faune sauvage La Somme» ou «Observations nature en Hauts-de-France»), pour partager conseils et bonnes pratiques. Pour aller plus loin, l’ONF (Office National des Forêts) offre des balades encadrées en été en forêt de Moreuil ou Chantilly, non loin, et publie régulièrement des fiches sur la faune locale.

Une richesse discrète, à préserver


Croiser un chevreuil ou apercevoir un sanglier, ce n’est jamais une certitude, mais c’est un privilège qui rappelle la beauté fragile de notre campagne. Cette faune, bien présente, incarne l’équilibre entre espaces sauvages et activités humaines propres à la région de Roye. À nous d'en profiter avec respect, curiosité, et la part d’humilité qui s’impose devant le monde sauvage. Si l’opportunité d’un regard croisé se présente, le moment prend une saveur unique. Et l’on redescend du talus, ou du bord du champ, avec le sentiment d’avoir vécu un petit instant de magie picarde.

En savoir plus à ce sujet :