Pédaler de Roye vers les sites de mémoire : itinéraires, conseils et idées de balades

10 novembre 2025

Pourquoi explorer les sites de mémoire de la Grande Guerre à vélo ?


Il y a mille et une façons d’aborder notre histoire locale, mais le vélo a cet avantage : on prend le temps de regarder, de s’arrêter, d’écouter. Les chevaux de bois nous laissent humbles devant les kilomètres, nos arrêts deviennent des prétextes à la découverte. Traverser ces paysages marqués par 1914-1918, à son rythme, c’est aussi sentir leur silence, reconnaître l’importance d’un talus, d’un alignement d’arbre, d’une plaque effacée.

La région de Roye, à la frontière entre la Somme et l’Oise, fut âprement disputée pendant la Grande Guerre. Plus de 170 cimetières militaires, mémoriaux et musées jalonnent la Haute Picardie et les alentours (source : Somme 14-18). Autant de points d’ancrage pour une balade à la fois sportive et chargée de sens.

Préparer sa sortie : conseils pratiques pour cyclistes curieux


  • Distance raisonnable : Nombre de circuits sont accessibles à la journée depuis Roye, avec des boucles entre 20 et 50 km aller-retour. Idéal pour les familles ou les amateurs du dimanche, même sans mollets d’acier.
  • Tipo de vélo : Les parcours proposés privilégient pistes cyclables, chemins de halage et petites routes ; un VTC ou un vélo de route solide font très bien l’affaire.
  • Saison idéale : Le printemps et le début d’automne, lorsque champs et bois prennent de belles couleurs et que les routes restent assez calmes.
  • Applications utiles : Pensez à “Geoportail” ou “Komoot” pour planifier vos étapes, mais beaucoup des chemins sont aussi bien balisés sur le terrain.

Trois grands itinéraires à vélo depuis Roye vers les sites de mémoire


Itinéraire Distance aller Temps estimé à vélo Sites de mémoire principaux
La boucle du plateau de Lassigny 18 km 1h15 Puits de Parvillers-le-Quesnoy, Cimetière militaire britannique de Roye
Vers Le Hamel et la mémoire australienne 28 km 2h10 Le bois du Sars, Mémorial australien du Hamel, Cimetière de Villers-Bretonneux
La traversée Roye – Albert via Péronne 39 km 3h15 Historial de la Grande Guerre (Péronne), Nécropole de Rancourt, Basilique d’Albert

1. La boucle courte : Roye & Parvillers-le-Quesnoy

Une jolie mise en jambe qui serpente entre champs, bosquets et villages au calme. Depuis Roye, filez en direction du nord-ouest, vers Parvillers-le-Quesnoy, là où le plateau descend doucement vers la vallée du Matz. Sur la place, le puits souvenir est le témoin d’un épisode dramatique : en mars 1918, une soixantaine de civils y fut fusillée pendant la retraite allemande. Un lieu émouvant, moins fréquenté que les grands mémoriaux.

  • Trajet : Roye – Cressy-Omencourt – Parvillers-le-Quesnoy – Guerbigny – retour Roye
  • Avantages : circuit familial, peu de dénivelé, idéal en demi-journée
  • Bonus : découvre le cimetière militaire britannique de Roye (route de Paris) et la nécropole française juste à côté

Petite astuce : le samedi, profitez de la halte au marché de Roye en fin de sortie pour remplir votre panier – rien ne vaut, croyez-moi, un sandwich fraîcheur avec du fromage du coin pour refaire le plein.

2. L’aventure des Anzacs : cap vers Le Hamel et Villers-Bretonneux

Là, on attaque un peu plus long : c’est le circuit parfait pour les cyclistes qui aiment rouler d’un site à l’autre tout en traversant les paysages de la vallée de la Luce. Le début, très roulant, se fait par la D485 jusqu’à Bouchoir (lieu du cimetière militaire britannique). On longe alors le Bois du Sars (batailles de la mi-1918) avant d’arriver au Mémorial Australien du Hamel.

  • Mémorial du Hamel : inauguré le 4 juillet 1998 par le Gouverneur général d'Australie, ce monument rend hommage à la victoire du corps australien du général Monash (source : Conseil général de la Somme).
  • Option rallongée : poursuivre 9 km jusqu’à Villers-Bretonneux et son Australian National Memorial, haut lieu de la mémoire australienne.
  • Paysage : alternance de bois, labours, zones paisibles de la vallée de l’Avre, petits villages picards typiques.

Un conseil : s’aventurer tôt le matin pour profiter du calme, et, pourquoi pas, s’arrêter à la guinguette du canal en été pour une limonade avant de reprendre la route.

3. L’épopée “grande boucle” : Roye, Péronne, Albert

Pour les plus aventureux (ou ceux qui n’aiment pas faire demi-tour), voici un circuit qui combine nature et mémoire sur près de 80 km aller-retour. La première étape file vers Péronne via Estrées-Deniécourt : succession de chemins agricoles, passages bucoliques, traversées de villages reconstruits après la guerre.

  • À voir à Péronne :
    • Historial de la Grande Guerre : musée passionnant dans le château, immersion dans le quotidien des Poilus, objets de la vie civile et militaire (photo incontournable : les ruines de la ville au lendemain du conflit).
    • Écluse sur la Somme et promenade sur les berges du canal : parfait pour un pique-nique avant de repartir.
  • Deuxième tronçon : Péronne – Rancourt – Albert (par Bouchavesnes-Bergen)
    • Visite de la Nécropole nationale de Rancourt : plus grand cimetière Français de la guerre 14-18 dans la Somme (plus de 8 500 tombes).
    • Poursuite vers Albert et sa basilique, autre grande ville-martyre de la Somme, célèbre pour la “Vierge Penchée”.
  • Conseil logistique : pour éviter de refaire la route dans l'autre sens, il y a un retour possible en TER depuis Albert ou Péronne avec transport vélo (info à vérifier selon horaires SNCF).

Sur cet itinéraire, chaque village a son monument, chaque carrefour une stèle, parfois humble, parfois grandiose. Ce sont autant de haltes possibles pour souffler, boire une gorgée d’eau… et réfléchir un instant à la mémoire gravée dans nos campagnes.

D’autres idées de petites boucles thématiques autour de Roye


L’avantage du secteur ? Beaucoup de “petites histoires” se découvrent hors des sentiers battus : de minuscules mémoriaux, des croix isolées, parfois un panneau en bois à demi effacé rappelant la présence, ici, d’une tranchée ou d’un poste médical. Pensez à explorer :

  • Le circuit des villages martyrs : Lihons, Herleville, Soyécourt – Liens directs entre les destructions de la guerre et les reconstructions visibles aujourd’hui
  • Les cimetières britanniques : de Roye à Bouchoir, 5 nécropoles remarquables, très bien entretenues par la CWGC (Commonwealth War Graves Commission). Plus d’infos : cwgc.org
  • La boucle du canal de la Somme : depuis Cappy, on suit le canal jusqu’à Bray-sur-Somme, ambiance fluviale, jardins de cabanes, souvenir du passage des troupes alliées aux relèves.

Quelques chiffres et anecdotes pour pédaler la tête haute


  • La distance entre Roye et le front de 1916 : moins de 25 km. Notre ville était un carrefour stratégique pour les Alliés et les Allemands, ce qui explique la concentration de monuments (source : picardie1418.com).
  • La “Voie Sacrée” locale : la petite D329 entre Roye et Montdidier a vu passer près de 7 000 camions français en une seule journée lors de l'offensive de l'été 1918 (source : archives municipales de Roye).
  • La Grande Traversée du Souvenir est un itinéraire officiel reliant Amiens à Saint-Quentin via Péronne, dont un tronçon part de Roye : balisé “Véloroute Mémoire”.
  • Le secteur Roye-Péronne accueille plus de 9 000 visiteurs cyclistes par an sur ses sites liés à 14-18 (enquête 2022, CDT Somme).

Bonnes adresses et pauses gourmandes sur les parcours


  • À Roye : la boulangerie Place du Marché pour l’indétrônable ficelle picarde revisitée.
  • À Péronne : Café de la Paix, devant la mairie, parfait pour une petite mousse ou un déjeuner sur le pouce.
  • À Villers-Bretonneux : le petit salon de thé local propose chaque printemps un “gâteau ANZAC” à la mémoire des Australiens (biscuits à l’avoine traditionnels).

Astuce cycliste : la plupart des cimetière mémoriaux disposent de points d’eau, et les musées laissent généralement rentrer les sacs à dos des cyclistes, à condition de respecter la quiétude des lieux.

Pédaler entre mémoire et nature : une expérience à partager


Découvrir Roye et ses alentours à vélo, c’est tracer une ligne douce entre passé et présent, entre la nature qui a repris sa place et la mémoire qui veille. Ces itinéraires, souvent faciles d’accès, permettent de sortir des grands axes sans jamais perdre le fil de ce qui s’est vécu ici. Par la route, par les champs ou le long des canaux, on redécouvre une Picardie à hauteur d’homme, de guidon, d’émotion partagée.

Alors, à la prochaine pause, prenez le temps d’admirer la lumière sur les stèles blanches, d’écouter le silence, et, pourquoi pas, de partager vos plus belles trouvailles avec d’autres cyclistes curieux… Parce que la mémoire, cela ne se cultive jamais seul.

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