Les étangs et zones humides secrets autour de Roye : balades, histoires et petits trésors

29 novembre 2025

De Roye aux premiers reflets d’eau : pourquoi tant de zones humides chez nous ?


On ne pense pas toujours à Roye pour plonger dans les paysages d’eau, et pourtant ! Tout autour de la ville, c’est un vrai maillage d’étangs, de marres et de zones humides variées, fruits de l’histoire locale et de la nature bienfaitrice.

  • Un terrain modelé par l’eau : Entre la vallée de la Somme et celle de l’Avre, la nappe phréatique affleure facilement. Rivières et petits cours d’eau (la Luce, la Divette, l’Avre, le Matz…) serpentent entre les champs. Résultat : des terres fréquemment humides, idéales pour la formation de mares et d’étangs, parfois creusés à la main pour la pêche ou l’irrigation.
  • Un patrimoine méconnu : Beaucoup de ces zones humides sont issues d’anciennes pratiques agricoles ou de l’extraction de tourbe, particulièrement active dans la Somme au XIX siècle (source : Archives départementales de la Somme).
  • Un enjeu écologique : Ces milieux sont essentiels pour la biodiversité, servant de refuge à des dizaines d’espèces – parfois protégées – d’oiseaux, de batraciens et d’insectes.

Les grands classiques près de Roye : à ne pas manquer


Parce qu’il faut bien commencer quelque part, voici quelques-unes des zones humides et étangs les plus connus ou accessibles autour de Roye, propices à la balade ou à l’observation.

1. Les étangs et marais d’Hattes (Maucourt)

  • Où ? À 5 km au nord-ouest de Roye, sur la commune de Maucourt.
  • Ce qu’on y trouve : Un ensemble d’étangs aménagés dans d’anciennes tourbières, traversés par la Luce. Le site est partiellement classé œuvre d’intérêt écologique et abrite des joncs, nénuphars, iris jaunes, ainsi qu’une multitude de canards et d’oiseaux nicheurs (source: Inventaire régional des zones humides de Picardie, 2013).
  • Ambiance : On y croise autant d’amateurs de pêche au blanc que de randonneurs observant les hérons à l’aube. Prévoyez bottes ou chaussures étanches au printemps !

2. La "queue de Poix" et la vallée de la Luce

  • Où ? De Roye vers Dancourt-Popincourt, suivant le cours de la Luce.
  • Particularités : Une succession de petites mares et zones humides résultant des débordements naturels de la rivière. Ici, l’eau façonne des prairies inondables et des saulaies, terrain de jeu idéal pour grenouilles et tritons.
  • À observer : En mai-juin, le chant collectif des rainettes vertes ne passe pas inaperçu. Le matin, avec un peu de chance, c’est le bal coloré des martins-pêcheurs.

3. Les étangs communaux de Fresnoy-les-Roye

  • Où ? À l’est immédiat de Roye (2,5 km), à la sortie du village.
  • Utilisation : Principalement la promenade et la pêche associative.
  • Biodiversité : On y rencontre le grèbe castagneux, le héron cendré et, parfois, le discret blongios nain, un héron miniature devenu rare (source : Ligue pour la Protection des Oiseaux, Picardie).

Des étangs confidentiels et inconnus… sauf des initiés


Ceux qui connaissent bien Roye le savent : la carte cache de nombreux recoins aquatiques plus discrets. Certains sont d’accès public, d’autres appartiennent à des associations de pêche ou des privés. Quand la discrétion est de mise, il suffit parfois de longer un bosquet ou d’approcher un village, et surprise…

  • Mare de Curchy: Au sud de Roye, ancienne “mare à incendie” reconvertie en réserve à grenouilles et odonates (libellules).
  • Les petits étangs de Carrépuis et L'Échelle-Saint-Aurin : Souvent d’origine agricole, ces eaux servent de refuge à la faune marécageuse. Leur niveau varie au fil des saisons.
    • On peut y voir régulièrement des poules d’eau et, selon la saison, quelques tadornes de Belon de passage.
  • Mares forestières de la forêt de Goyencourt: Plusieurs petites mares de source et étangs temporaires, qui s’assèchent parfois l’été. Ce sont surtout des haltes pour la vie animale (insectes rares, salamandres, tritons).
  • Réseau de mares du bois d’Amiens (Bussy-les-Daours - Herleville) : Ces petites mares, parfois d’origine médiévale, témoignent de l’occupation ancienne du territoire ; on en parlait même dans des terriers du XVIII siècle retrouvés aux Archives nationales.

Source de vie et d’histoires : un patrimoine à préserver


C’est un fait peu connu : la Somme est le deuxième département français en nombre de mares et petites zones humides, avec plus de 23 000 recensées (source : Observatoire régional de l’Environnement, 2019). Rien que sur les cantons de Roye et Nesle, on compte près de 600 plans d’eau naturels ou semi-artificiels de moins de 2 hectares !

Mais, au fil des décennies, ces trésors aquatiques se sont raréfiés. Abandonnés ou comblés lors de remembrements, victimes de l’urbanisation ou de l’intensification agricole, nombre d’étangs et de mares ont disparu.

Un écosystème méconnu mais essentiel

  • Régulation des crues : Les zones humides agissent comme des éponges naturelles, régulant les excès d’eau lors des épisodes pluvieux – un rôle crucial avec l’augmentation des inondations.
  • Biodiversité : 1/3 des espèces protégées en Picardie dépendent de ces milieux (source LPO / DREAL Hauts-de-France).
  • Stockage du carbone : Les tourbières et zones humides piègent le carbone, freinant le changement climatique.

Sensibiliser à leur préservation, c’est aussi rappeler leur dimension sociale : combien d’enfants ont appris à reconnaître une grenouille ou lancé des cailloux dans l’eau au bord d’une de ces mares ?

Petite faune et grande tranquillité : que voir, que faire ?


Si le cœur vous en dit, prendre l’air à Roye prend une toute autre saveur au bord de l’eau. Ces milieux s’explorent à pas feutrés, car ici, la vie se love dans les moindres recoins.

  • À observer selon les saisons :
    • Printemps : Parade des grenouilles, floraison des iris des marais.
    • Été : Libellules et demoiselles multicolores, nénuphars en pleine expansion.
    • Automne : Migration des oiseaux, reflets mordorés sur l’eau, cueillette des mûres près des saules.
    • Hiver : Silences feutrés, traces d’animaux sur la vase, gel sur les joncs.
  • Pour les amateurs de photos : Patience recommandée pour capturer le héron ou la fritillaire pintade, une fleur sauvage rare encore visible sur certains marais au printemps (source : Conservatoire botanique national de Bailleul).
  • Pêche et promenades : La plupart des étangs gérés par les associations communales demandent une carte de pêche (renseignement en mairie ou auprès de la Fédération de pêche de la Somme).

Où se renseigner, et comment (re)découvrir ces trésors ?


  • Cartes et inventaires : La Somme au naturel propose un inventaire des zones humides, parfois mis à jour, qui permet de planifier ses randos.
  • Associations locales : La LPO Picardie, Picardie Nature et la Fédération de pêche de la Somme organisent parfois des sorties nature à la découverte de la faune aquatique autour de Roye.
  • Sorties découvertes : Certaines communes proposent des sentiers balisés autour des étangs (Maucourt, Fresnoy-les-Roye, Curchy…). Renseignez-vous aussi lors des journées du patrimoine ou lors d’animations estivales locales.

L’eau, la vie : redécouvrir nos paysages autrement


Derrière chaque étang, chaque mare cachée dans les saules, il y a un petit monde à explorer, à écouter, à respecter. Les zones humides de Roye et ses environs, ce ne sont pas seulement des coins à brochets ou à grenouilles : ce sont aussi des havres de paix, des témoins de l’histoire rurale et, pour qui prend le temps, des sources intarissables de moments suspendus. À vos bottes, à vos jumelles, il y a encore tant à découvrir !

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