Dans l’intimité des pollinisateurs : qui fait le miel (et plus encore) à Roye ?

7 février 2026


Autour de Roye, la pollinisation n’est pas seulement l’affaire des abeilles classiques. Une étonnante diversité d’insectes contribue chaque jour à la fertilité de la campagne picarde. Des abeilles solitaires aux bourdons trapus, en passant par les papillons colorés, les syrphes et même certains coléoptères, voici quelques acteurs essentiels :
  • Les abeilles domestiques et sauvages : pivots historiques de la pollinisation
  • Les bourdons : robustes et actifs par temps frais, essentiels pour les fleurs profondes
  • Les papillons : des pollinisateurs tout en finesse appréciés dans les jardins
  • Les syrphes : petites mouches rayées souvent prises pour des abeilles, alliées du potager
  • Divers coléoptères et autres insectes : moins visibles mais déterminants pour certaines fleurs locales
Cette biodiversité, encore mal connue, joue un rôle clé pour la production de fruits, la survie des plantes sauvages et le maintien d’un écosystème équilibré autour de Roye.

Pourquoi s’intéresser aux pollinisateurs autour de Roye ?


À l’échelle locale, plus de 80 % des plantes à fleurs dépendent directement de la pollinisation animale (INPN, 2022). Fruits, légumineuses, fleurs sauvages : sans ces petits intermédiaires, c’est tout un équilibre naturel et alimentaire qui s’effondrerait. En Picardie, l’enjeu est loin d’être théorique : le maraîchage, l’arboriculture et même la simple beauté de nos espaces verts bénéficient chaque jour de cette entraide silencieuse.

La première image qui vient, c’est l’abeille domestique. Mais autour de Roye, près de 700 espèces d’abeilles sauvages sont potentiellement présentes dans les Hauts-de-France (Observatoire de la biodiversité en Hauts-de-France), sans compter les autres pollinisateurs moins connus et tout aussi indispensables.

Les stars officielles : abeilles domestiques et sauvages


  • L’abeille domestique (Apis mellifera) : fidèle alliée des apiculteurs, elle vit en colonie, participe activement aux récoltes locales (colza, vergers…), mais ne pollinise pas tout : elle préfère les fleurs peu profondes et richement pourvues en nectar.
  • Les abeilles sauvages : solitaires ou vivant en petites sociétés, elles forment un monde bigarré. Osmies, mégachiles, andrènes… Leur discrétion ne doit pas cacher leur efficacité redoutable. Par exemple, l’abeille maçonne (Osmia bicornis), très active sur les fruitiers au printemps, surpasse parfois l’abeille domestique pour la pollinisation des pommiers et cerisiers (INRAE).
  • Les spécialités locales : certaines abeilles, comme l’andrène des saules, dépendent totalement de la flore régionale. Le lien entre biodiversité florale et diversité des pollinisateurs est donc particulièrement étroit à Roye, où le bocage, les jachères fleuries et les rivières offrent une mosaïque de niches naturelles.

Bourdons : les costauds du nord, infatigables sous la bruine


Proches cousins des abeilles, les bourdons sont taillés pour les printemps frisquets de la Somme. Leur fourrure dense leur permet d’être actifs même sous 10°C, là où leurs congénères restent engourdis. On recense environ 20 espèces différentes dans le département (Atlas de la Biodiversité Communale – Somme Nature), dont certains bourdons “spécialistes”, capables de vibrer les anthères pour libérer le pollen des tomates, des myrtilles ou des pensées. Sans eux, adieu certaines récoltes !

  • Bourdon terrestre (Bombus terrestris) : partout, même au bord des routes ou dans les plates-bandes des écoles.
  • Bourdon des prés (Bombus pratorum) : amateurs de trèfles et de luzernes, ils contribuent discrètement à la vie agricole.
  • Bourdon lapidaire (Bombus lapidarius) : avec son thorax rouge vif, difficile de le rater !

Papillons : des ambassadeurs éclatants (et utiles !)


Les papillons ne sont pas que des figurants poétiques. Avec leur longue trompe, ils sont capables de polliniser des fleurs dont le nectar est inatteignable pour d’autres insectes. En Picardie, on recense plus de 120 espèces de papillons de jour (GON Hauts-de-France).

  • Paon-du-jour et petit-bleu : goutte-à-goutte de nectar sur les buddleias, lavandes et giroflées.
  • Citron (Gonepteryx rhamni) : très présent au printemps autour des haies et des bois.
  • Machaon : amateur de carottes sauvages, il fait aussi la joie des photographes locaux.

Leur efficacité est moindre par individu comparé aux abeilles, mais leur nombre et leur fidélité à certaines fleurs jouent un rôle non négligeable. Les jardins fleuris, souvent entretenus avec amour à Roye, leur servent de relais de nectar en période estivale.

Syrphes : les faux bourdons qui sauvent les potagers


Derrière ce nom un peu bizarre, les syrphes cachent en réalité de petites mouches à l’allure de guêpe ou d’abeille. Ce déguisement est leur arme secrète : les prédateurs, dupés, les laissent tranquilles. Or, ils sont très présents dans les zones maraîchères et les jardins environnants.

  • Espèces phares autour de Roye : Eupeodes corollae, Eristalis tenax, et bien d’autres.
  • Les larves de syrphes dévorent les pucerons, ce qui en fait des alliés précieux des jardiniers locaux.
  • Les adultes, eux, visitent des centaines de fleurs chaque jour, et sont capables de voler sur place, d’où leur surnom de «mouches volantes».

Les pollinisateurs oubliés : coléoptères, papillons de nuit, et cie


Tout ne se joue pas sous le soleil ! Les coléoptères (dont les cétoines dorées, aussi visibles sur les rosiers de Roye que sur les sureaux du secteur), certains diptères et de nombreux papillons de nuit participent aussi à l’œuvre collective. Parfois moins efficaces, souvent plus spécialisés, ils assurent la pollinisation de plantes qui n’intéressent pas les stars du genre, garantissant ainsi la pérennité de la biodiversité locale.

Pollinisateur Particularités Plantes visitées
Cétoine dorée Gros coléoptère verdoyant, actif sur fleurs ouvertes Rosiers, sureaux, pissenlits
Hétérocères (papillons de nuit) Pollinisation nocturne, souvent ignorée Liseron, jasmin, onagre
Mouches tachinaires Pollinisent en butinant certains ombellifères Fenouil, carottes sauvages

Que menacent les pollinisateurs aujourd’hui à Roye ?


Un constat qui fend le cœur : depuis 30 ans, les populations de pollinisateurs ont chuté de façon dramatique en Europe (IPBES, 2018), parfois de près de 75 % pour certains groupes. La région de Roye n’échappe pas à ce déclin, même si la diversité locale est encore très préservée grâce à la coexistence de terres agricoles, de haies bocagères et de jardins familiaux.

  • Perte d’habitats : disparition des haies, arrachage des mares, monoculture intensive…
  • Pesticides : même à faibles doses, ils affaiblissent ou désorientent les insectes.
  • Parasites et maladies : varroa, champignons, et consorts touchent particulièrement les colonies d’abeilles domestiques.
  • Pollution lumineuse : elle trouble les papillons de nuit et certains coléoptères nocturnes.

Comment favoriser la vie des pollinisateurs autour de Roye ?


À l’échelle individuelle, chaque jardinet compte. Voici quelques gestes simples :

  • Planter des fleurs mellifères indigènes, sur plusieurs saisons : lavande, phacélie, trèfles, prunelliers, lierre, fruitiers anciens...
  • Laisser des zones « sauvages » : quelques coins d’herbes folles ou de vieux bois sont précieux, surtout pour les abeilles sauvages.
  • Oublier les pesticides ou privilégier des alternatives naturelles
  • Installer des abris à insectes, simples à fabriquer ou à acheter
  • Soutenir les maraîchers et apiculteurs locaux engagés pour la biodiversité, comme ceux qui participent à l’Atlas de la Biodiversité Communale de Roye

L’avenir se butine ici, chez nous


Autour de Roye, chaque printemps ramène le cortège des pollinisateurs. S’y intéresser, ce n’est pas seulement aimer les fleurs ou le miel du coin : c’est comprendre le tissage de la vie locale. L’extraordinaire richesse des insectes pollinisateurs montre que la biodiversité n’a rien d’abstrait : elle se joue à hauteur de prairie, de haie et de pomme croquée cueillie chez un producteur du coin. Les observer, les protéger, c’est garder vivante la magie de Roye, autrement.

Sources : INPN, Observatoire de la Biodiversité en Hauts-de-France, Somme Nature, INRAE, GON Hauts-de-France, IPBES

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