Roye : Sur la piste des pollinisateurs — La petite vie cachée sous nos yeux

1 février 2026


À Roye et dans ses environs, la nature fourmille de petits ambassadeurs ailés : abeilles domestiques, papillons, bourdons, syrphes, mais aussi de nombreux autres insectes pollinisateurs moins connus. Leur présence assure la pollinisation de nombreuses plantes sauvages et cultivées, ce qui garantit la diversité des paysages comme la fructification de nos vergers et potagers. Plusieurs espèces emblématiques de Picardie vivent ou font étape autour de Roye, dans les champs, pâtures, jardins ou haies bocagères. Mieux les connaître, c’est aussi apprendre à repérer leur rôle et les conditions qui favorisent leur présence, alors que certains subissent encore le recul de leurs habitats ou l’usage des pesticides.

Pourquoi s’intéresser aux pollinisateurs ?


Les pollinisateurs font partie des héros de l’ombre. Sans eux, adieu les pommes du verger, les fraises des talus, la majorité des fleurs sauvages et jusqu’aux tournesols qui dessinent le paysage picard dès la belle saison. Selon l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), 84 % des espèces cultivées en Europe dépendent en partie ou en totalité des insectes pollinisateurs (source). La pollinisation ne concerne pas « seulement » la production alimentaire, mais aussi le maintien de la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes.

Roye, entourée de cultures, de jardins partagés, de haies et de friches, offre un terrain d’exploration privilégié pour cette petite faune. On y croise plusieurs espèces clefs, dont certaines quasi invisibles, mais non moins indispensables.

Les grandes familles de pollinisateurs à Roye


  • Abeilles domestiques (Apis mellifera) : Si leur rôle en apiculture est connu, elles ne représentent qu’une petite partie des butineuses.
  • Abeilles sauvages (osmie, mégachile, halicte, etc.) : Plus discrètes, très variées, on en compte plus de 900 espèces en France selon Abeille Sentinelle.
  • Bourdons : Leurs poils épais et leur vol sonore sont familiers. Quelques espèces typiques de nos régions : le bourdon terrestre, des prés, des champs…
  • Syrphes : Petites mouches déguisées en abeilles, expertes de l’imitation, très présentes sur les ombellifères, notamment le long de l’Avre ou dans les haies bocagères.
  • Papillons : Piérides (blancs), paons du jour, vulcains, citron — ils portent le pollen plus loin encore, parfois sur plusieurs kilomètres.
  • Coléoptères (cétoines, scarabées…) : Moins célèbres, mais parfois redoutablement efficaces.
  • Autres visiteurs : Certains papillons nocturnes (moro-sphinx), fourmis ou guêpes solitaires participent aussi à la pollinisation.

Focus sur quelques espèces-phare des environs de Roye


Les abeilles sauvages : championnes du local, discrètes mais infatigables

On connaît peu les abeilles autres que l’abeille domestique du miel. Pourtant, près de Roye, on peut croiser des osmies (petites abeilles qui nichent dans les trous de murs, les tiges creuses ou les hôtels à insectes), des mégachiles et des halictes, souvent confondues avec de petites mouches. Les osmies sont d’ailleurs parmi les premières à sortir au printemps. Un seul individu peut polliniser au moins 2 000 fleurs par jour (NatureParif).

Bourdons : costauds et précoces

Les bourdons terrestres (Bombus terrestris) ouvrent la saison dès le mois de mars, y compris lors de matins frisquets. Leur secret ? Leur poil dense leur permet de butiner quand les autres restent engourdis, et le vrombissement de leur vol contribue à la fameuse « pollinisation vibratile », essentielle à certaines plantes (tomates, aubergines…). En Picardie, le bourdon des champs est aussi fréquent. Il apprécie notamment les bords de chemins et lisières des grandes parcelles céréalières.

Syrphes : les mouches qui ont du style

Les syrphes, ces petites mouches au costume rayé, sont redoutablement actives, surtout sur les ombelles de carotte sauvage ou de fenouil. Présents dans les jardins comme dans les friches, ils mangent aussi quantité de pucerons à la belle saison, ce qui en fait des alliés précieux. Selon le réseau Pollinis, une trentaine d’espèces différentes de syrphes peuvent être observées en Picardie.

Papillons : élégance fragile et grands voyageurs

  • Le paon du jour : souvent visible sur les orties en lisière de haies — il pond dessus et s’émerveille au soleil.
  • Le moro-sphinx : ce papillon, souvent pris pour un colibri, butine en « plein vol » devant les géraniums ou lavandes. Invisible, mais fréquent dans les massifs fleuris.
  • Les piérides : blanches, parfois jugées « peste des choux », elles n’en restent pas moins utiles à la pollinisation locale.

Coléoptères, cétoines et autres discrets artisans

La grande cétoine dorée (Cetonia aurata) fait parfois une halte sur les rosiers des jardins de Roye, mais aussi dans les vieux arbres ou sur les sureaux des haies. Lente et brillante, elle transporte pollen et nectar sur ses pattes puissantes. Autre coléoptère à signaler : le scarabée, efficace sur les fleurs ouvertes du printemps.

Où les observer autour de Roye ?


  • Les jardins privatifs et partagés : massif de lavande, herbes folles, plessis de haies… Chaque fleur attire un cortège différent.
  • Les bords de l’Avre et ses affluents : zones humides, ombellifères, saules offrent de riches floraisons au printemps.
  • Les friches urbaines et agricoles : les terres en jachère, souvent éphémères, sont de véritables aires de rassemblement pour pollinisateurs.
  • Les talus le long des chemins ruraux : très riches par leur variété de micro-habitats (pierres, vieilles racines, mares temporaires).
  • Verger de Montdidier, Côte de l’Eglise à Roye : entre pruniers, vieux poiriers, orties et saules, c’est le royaume du bourdonnement.

Anecdotes locales et petites curiosités


  • Roye, territoire pionnier : une initiative d’implantation de bandes fleuries a récemment vu le jour sur plusieurs exploitations du secteur, à Erches ou à Marché-Allouarde. D’après la Chambre d’Agriculture de la Somme, celles-ci peuvent multiplier par 2 les pollinisateurs sauvages dans les parcelles !
  • Les hôtels à insectes: de plus en plus présents dans les écoles (école Jean-Moulin notamment), ils dépassent désormais le simple rôle pédagogique et servent effectivement de refuge aux osmies et acanthocères.
  • Le grand retour du syrphe ceinturé : longtemps peu visible, il est revenu en force ces dernières années, notamment lors des grandes floraisons de pissenlits en périphérie urbaine.
  • Une plante très fréquentée : la consoude, trop parfois arrachée comme mauvaise herbe, attire une diversité spectaculaire d’abeilles sauvages et de bourdons, du printemps à l’été.

Quels dangers pour les pollinisateurs, ici ?


  • Pesticides agricoles, dont les néonicotinoïdes sont tristement célèbres (Le Monde), malgré des interdictions progressives. Leur impact reste mesurable à Roye, surtout dans les zones en monoculture.
  • Destruction des haies bocagères : véritables « autoroutes vertes » pour les insectes, leur disparition réduit la circulation et la nidification.
  • Mauvaises fauches : une tonte trop précoce ou trop rase des pelouses, talus, bas-côtés prive les pollinisateurs de flore spontanée et de refuges.
  • Changement climatique : le décalage des saisons perturbe la synchronisation entre floraison et activité des pollinisateurs (INRA, 2020).

Comment favoriser la diversité des pollinisateurs à Roye ?


  • Laisser pousser, varier les espèces : Privilégier les pelouses fleuries, retarder les tontes, installer des massifs de fleurs indigènes (sauge, mélisse, achillée, trèfle…)
  • Diversifier les habitats : créer ou conserver des zones non fauchées, des tas de bois, des murs de pierres sèches.
  • Proscrire le plus possible les produits chimiques : Certaines communes du canton agissent déjà en ce sens sur les espaces publics. Les particuliers peuvent stopper l’utilisation d’insecticides.
  • Installer des hôtels à insectes : même de fabrication maison : bout de bambous, briques, tiges creuses…
  • Planter des haies d’essences variées : aubépine, sureau noir, noisetier, prunellier. Bonus : certains fruits nourriront oiseaux et petits mammifères.

Un monde à portée de main (et d’yeux)


On croit souvent que la biodiversité, c’est ailleurs, loin, dans les réserves naturelles ou les forêts vierges. Mais à Roye, dans chaque haie un peu folle, chaque friche, chaque massif fleuri ou potager, la vie bruisse — discrète, précieuse, parfois menacée. Ouvrons l’œil, le bon : les pollinisateurs de Roye sont là, colorés ou modestes, champions toutes catégories de la biodiversité, le vrai trésor caché de notre belle Picardie.

En savoir plus à ce sujet :