Parlons des haies, ces merveilles végétales qui bordent Roye

17 mars 2026


Autour de Roye, les haies champêtres dessinent le paysage et abritent une incroyable diversité d'arbustes. Ces lignes végétales anciennes ne sont pas qu’un décor : elles regorgent de vie et jouent depuis toujours un rôle capital pour l’agriculture, la faune et la beauté du territoire.
  • De nombreuses espèces typiques comme l’aubépine, le noisetier, le prunellier, l’églantier ou le sureau y forment une mosaïque de couleurs et de senteurs.
  • Ces arbustes protègent les cultures du vent, servent d’abris à une faune riche et fournissent de la nourriture à de nombreux oiseaux.
  • Les haies participent aussi à préserver l’eau et les sols, tout en racontant l’histoire et les traditions agricoles de la région de Roye.
  • La composition des haies évolue avec les époques et les pratiques, mais certaines espèces phares restent fidèles au rendez-vous.
Un panorama vivant sur ces compagnons végétaux qui font battre le cœur de la campagne roysienne.

Pourquoi les haies sont essentielles à Roye et dans la Somme ?


Les haies ne sont pas qu’une séparation entre les parcelles. Dans la région de Roye comme ailleurs en Picardie, elles tiennent le paysage et l’histoire à bras-le-corps. Elles remontent pour beaucoup au Moyen Âge ou à l’époque moderne : les terres étaient découpées à la main, le bocage se tissait au fil des générations.

  • Rôle écologique : Les haies abritent, nourrissent et protègent plus de 70 espèces d’oiseaux, sans compter les insectes, mammifères, et une foule d’autres bestioles (source : Ligue de Protection des Oiseaux).
  • Protection des sols : Leurs racines limitent l’érosion et retiennent l’eau, surtout sur nos terres parfois battues par le vent.
  • Enrichissement des sols : La litière de feuilles nourrit la terre, réintroduit de l’humus dans les champs.
  • Barrière naturelle : Les haies protègent des bourrasques, réduisent la dérive des produits phytosanitaires et freinent l'évaporation.
  • Patrimoine et tradition : On “lit” dans la forme et la composition des haies l’histoire des pratiques agricoles locales.

Aujourd’hui, la haie fait son come-back grâce à l’agroécologie, et ce n’est pas pour rien.

Les arbustes les plus présents autour de Roye


Quelles têtes croise-t-on dans la haie picarde ? En parcourant le secteur de Roye, un œil averti (ou simplement patient) repère vite des espèces incontournables, véritables "piliers" du bocage local. Ces arbustes, champions de l’adaptation, résistent aux hivers vigoureux comme aux étés secs, et chacun joue sa partition dans l’équilibre naturel.

Le trio magique du bocage picard

  • Aubépine (Crataegus monogyna ou laevigata) Fleurie au printemps, elle forme des haies blanches indissociables du printemps autour de Roye. Ses fruits (les “cenelles”) nourrissent rouge-gorge et merles dès l’automne. Épineuse, elle fait une excellente “clôture naturelle”.
  • Prunellier (Prunus spinosa) Ses fleurs blanches éclatent avant même l’apparition des feuilles, et ses petites prunes bleues (les prunelles) sont l’un des fruits sauvages stars de la région, consommés (plutôt après les premières gelées !) par oiseaux et petits mammifères, mais aussi par les amateurs d’eau-de-vie.
  • Noisetier (Corylus avellana) Reconnaissable à ses chatons jaunes dès la fin d’hiver, il agrémente les haies d’un feuillage dense. Les noisettes nourrissent écureuils et geais. Un “classique” quasi-incontournable du secteur.

D’autres stars fréquentes dans les haies roysiennes

  • Églantier (Rosa canina) - Aussi nommé “rose des chiens”, l’églantier offre des fleurs rosées en juin et des cynorhodons rouges dès l’automne (riches en vitamine C et appréciés des oiseaux).
  • Sureau noir (Sambucus nigra) - Ses fleurs sont prisées des parfumeurs et ses baies, une aubaine pour grives et fauvettes.
  • Viorne obier (Viburnum opulus) - Arbuste superbe, aux boules de fleurs blanches puis baies rouges (toxiques pour l’homme, mais les oiseaux en raffolent !).
  • Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) - Reconnaissable à ses rameaux rouges en hiver, un refuge hivernal pour insectes et petits oiseaux.
  • Troène (Ligustrum vulgare) - Moins connu, il forme pourtant des haies denses et persistantes, utilisées jadis pour les clôtures “vivantes”.
  • Fusain d’Europe (Euonymus europaeus) - Les fruits rose vif à quatre lobes et graines orange égayent les haies en fin d’automne.
  • Charme (Carpinus betulus) - Parfois présent dans les haies hautes du secteur, il donne son nom à nombreux bosquets.

Le retour du charme sauvage : anecdotes et usages d’antan


Impossible de parler des haies sans évoquer quelques usages oubliés ou récits entendus près d’un feu de bois. Autrefois, les prunelles servaient à parfumer l’eau-de-vie locale (le fameux "gnôle" picard !), et la haie était un garde-manger pour tout le monde : noisettes pour l’hiver, jeunes pousses d’aubépine en salade, cynorhodons d’églantier pour les sirops et confitures… Le fusain était utilisé pour fabriquer des crayons, et le sureau pour des flûtes d’enfants… Une haie, c’était un peu le supermarché du village !

Non seulement pratique, mais le bocage avait (et garde) une vraie fonction "sociale" : on se donnait rendez-vous “à la haie”, pour se cacher, jouer, discuter ou faire la sieste à l’ombre.

Panorama des principales espèces présentes : tableau récapitulatif


Pour s’y retrouver d’un coup d’œil, voici un tableau qui recense les arbustes les plus fréquents des haies autour de Roye, avec leurs atouts :

Arbuste Période de floraison Intérêt pour la faune Caractéristique marquante
Aubépine Avril-mai Nourrit oiseaux et insectes / abri aux petits mammifères Fleurs blanches, fruits rouges, rameaux épineux
Prunellier Fin mars-avril Fruits pour oiseaux (après gel), abri lapins et hérissons Fleurs avant feuillage, prunelles bleues
Noisetier Janvier-mars (chatons) Fruits pour écureuils, oiseaux, rongeurs Chatons jaunes tôt en saison, feuilles larges
Églantier Juin Cynorhodons pour oiseaux l’automne, abri à insectes Fleurs roses, fruits rouges riches en vitamine C
Sureau noir Mai-juin Fleurs pour abeilles, baies pour oiseaux Grand arbuste, rameaux creux, baies noires
Cornouiller sanguin Mai Baies pour oiseaux, abri en hiver Bois rouge en hiver
Fusain d’Europe Mai-juin Fruits pour oiseaux Fruits roses et orange décoratifs
Troène Juin-juillet Baies pour oiseaux, feuillage persistant Pousses vigoureuses, haie dense
Viorne obier Mai-juin Baies rouges pour oiseaux, abri Fleurs en boule, baies rouges toxiques

Le dynamisme des haies : évolution et menaces


Le visage des haies autour de Roye n’a jamais cessé de changer. Après la grande période d’arrachage du XXe siècle (remembrement, intensification agricole), on assiste heureusement à une replantation progressive, encouragée par l’Europe (Politique Agricole Commune), les collectivités et des associations comme l’AFAC-agroforesteries.

La palette végétale s’enrichit parfois d’espèces introduites (érables, seringats, sureau rouge…) mais l’aubépine, le prunellier, le noisetier et l’églantier forment le socle historique et résilient du bocage picard.

  • Environ 70% des oiseaux nicheurs de plaine sont dépendants des haies et de leurs arbustes (source LPO).
  • La disparition des haies a précipité l’effondrement de nombreuses populations d’espèces rurales, sans compter l’accentuation de l’érosion et des ruissellements.
  • L’entretien raisonné (taille tardive, non-emploi de pesticides) permet le retour d’une diversité végétale et animale remarquable.

Comment reconnaître les arbustes sauvages lors de vos promenades ?


  • Observez la floraison : l’aubépine, le prunellier, l’églantier sont des “pionniers” au printemps.
  • Les fruits sont des indices précieux : cenelles de l’aubépine, prunelles, cynorhodons, grappes du sureau et baies charbon du troène.
  • Épines, odeurs, forme des feuilles : chaque espèce a sa “signature”. Les jeunes feuilles d’aubépine sont tendres et découpées, les rameaux du prunellier sont très piquants, le sureau a des rameaux creux, etc.

Quelques guides sérieux à se glisser dans la poche : Tela Botanica, Le Guide Delachaux des arbres, ou encore les publications de la Société Botanique de Picardie.

Une richesse quotidienne à préserver


Nos haies regorgent de mille trésors végétaux, souvent passés inaperçus au fil des saisons. Observer les différentes espèces, c’est se relier aux cycles de la nature, comprendre d’où viennent les paysages et pourquoi Roye a cette saveur unique. Un jour, on cueille quelques noisettes dans le fossé ; un autre, on s’étonne devant l’explosion de fleurs blanches après la pluie. On redécouvre ensemble l’utilité et la beauté de ces haies, morceaux d’histoire vivante, mais aussi remparts pour la biodiversité de demain.

Envie de prolonger la balade ? N'hésitez pas à partir en repérage : chaque haie a son accent, chaque virage de campagne réserve une surprise, nœud de rameaux ou profusion de baies. C’est peut-être parfois simple, mais c’est aussi là que Roye montre, tout doucement, son vrai visage.

Sources principales : Ligue de Protection des Oiseaux, Tela Botanica, AFAC-agroforesteries, Société botanique de Picardie, “Haies champêtres et biodiversité en Picardie” (Éditions Régionales).

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