Roye, une sentinelle au cœur de la Picardie
Parfois, lorsqu’on flâne sur la Place d’Armes de Roye au petit matin, on croise plus de silence que de passants. Mais il y a une énergie sous-jacente : celle d’une ville qui, depuis plus de mille ans...
21 août 2025
Roye n’a pas la notoriété littéraire d’une Chartres ou d’une Amiens. Pourtant, la ville a su se glisser dans les pages de plusieurs écrivains—souvent, il faut tendre l’oreille ou affûter l’œil pour la surprendre au détour d’un chapitre. Dans la littérature française, les références ne sont pas toujours éclatantes, mais elles racontent quelque chose de l’époque, de la région, de l’ambiance.
Impossible de parler de littérature et de Picardie sans évoquer Émile Zola. Dans son roman La Débâcle (1892), qui évoque la guerre de 1870, Roye apparait lors d’un passage où l’auteur dépeint le chaos de l’exode et des affrontements :
Le regard de Zola, s’il s’arrête peu longtemps sur Roye, imprime cependant un instantané puissant sur la ville au XIXe siècle.
Homme politique avant tout, Max Lejeune n’en fut pas moins un amoureux des lettres et de l’histoire locale. Originaire du canton, dans sa correspondance et quelques interventions publiées (Le souffle de la Somme, 1978), il cite Roye comme “carrefour et mémoire”, rappelant son importance dans les reconstructions post-guerre et la vie sociale de la région. Fait notable :
Les deux guerres mondiales ont inspiré de nombreux récits, carnets ou poèmes, souvent anonymes ou édités à petit tirage. Parmi eux, signalons :
Dans ces pages, Roye est un décor de ruines, mais aussi de survie et d’espoir tenace.
Comme beaucoup de cités picardes, Roye a attiré quelques regards d’artistes, loin de la lumière des grands salons, mais avec une sensibilité palpable. Dans la première moitié du XXe siècle, la ville a inspiré surtout des amateurs éclairés, des photographes venus documenter les destructions puis la renaissance.
Peu connu en dehors du département, Charles Desvergnes (1860-1929), sculpteur et peintre, fut marqué par ses passages à Roye, dont il peindra quelques scènes rurales et religieuses :
Roye a été photographiée sous toutes les coutures dans l’entre-deux-guerres :
On y décèle un sens du détail touchant : la grande halle, des enfants sur des gravats, la structure métallique de l’église Saint-Pierre béante…
Si Roye apparaît moins dans les grands mouvements du XXe siècle, certains peintres picards récents, tel Philippe Delerm (également écrivain, mais amateur d’aquarelle), se sont arrêtés sur ses paysages de bords d’Avre ou de plaine. Plus récemment :
On ne compte plus les nouvelles, romans régionaux ou littératures de terroir où Roye est citée comme repère géographique :
S’il est rare de trouver un compositeur connu inspiré par Roye, la ville a néanmoins accueilli :
La tradition chorale, quant à elle, perdure via des associations comme “Chœur en Avre”, souvent immortalisées par des photographes amateurs.
L’art à Roye, ce n’est pas que musées et livres anciens : depuis quelques années, la ville laisse s’exprimer de nouvelles générations d’artistes urbains et plasticiens.
Il reste, bien sûr, mille et une œuvres anonymes, lettres, bande dessinée ("Roye-les-Bottes" de Michel Normand), carnets d’aquarelle ou photos Instagram, qui perpétuent chaque jour la mémoire artistique de Roye. Chaque époque y va de sa trace :
Si Roye n’a pas vu naître de figures littéraires à la notoriété nationale, elle a su inspirer au fil des décennies des témoignages touchants, des pages vibrantes, des photos poignantes. Littérature, peinture, photographie, art urbain : la mosaïque se poursuit, reliant mémoire et actualité, quotidien et imaginaire. Lors de vos prochaines balades, peut-être apercevrez-vous une façade dessinée dans un carnet, ou reconnaîtrez-vous un paysage capté par un objectif passionné… Le patrimoine artistique de Roye, c’est avant tout une invitation à regarder la ville autrement, à la façon de ceux qui l’ont magnifiée—en toute discrétion mais avec conviction.