Jacques de Roye : Un nom, des mystères, et une empreinte sur l’histoire de Roye

6 juillet 2025

Retour au Moyen Âge : dans les pas des Seigneurs de Roye


Pour comprendre Jacques de Roye, il faut enfiler ses bottes spatio-temporelles et remonter jusqu’au Moyen Âge. À l’époque, la ville de Roye n’était pas qu’un point de passage sur la route entre Paris et Amiens, c’était aussi le centre d’une seigneurie influente, disputée et souvent convoitée.

  • Roye au XIII et XIV siècles : autour de 500 à 800 habitants, principalement des artisans, des commerçants et des paysans (source : Histoire de Roye, abbé R. Devillers).
  • Une place stratégique : Roye occupe alors une position charnière entre Ile-de-France, Artois et Flandre.
  • Les seigneurs de Roye : puissants vassaux, ils sont souvent liés à la haute noblesse picarde.

Dans ce microcosme féodal, les “de Roye” accumulent terres, alliances et enjeux militaires. On ne badine pas avec la sécurité de la cité ni l’honneur des armoiries. Et c’est là qu’entre en jeu notre Jacques, héritier d’une lignée redoutée... et respectée.

Jacques de Roye : Portrait d’un chevalier picard


Jacques de Roye, ou “Jacques Ier de Roye” selon certains chroniqueurs, naît à la charnière du XIV siècle, vers 1362, dans l’une des familles les plus influentes de la ville. Son père, Jean III de Roye, figure déjà dans le cercle des puissants. L’éducation de Jacques ? Stricte, guerrière, tournée vers la gestion de domaines et la diplomatie, car à cette époque, chaque seigneur doit négocier ses droits, défendre ses biens… et parfois prendre les armes.

  • Naissance : estimée aux alentours de 1362 (source : Europäische Stammtafeln, Detlev Schwennicke).
  • Famille :
    • Père : Jean III de Roye
    • Mère : Marguerite de La Roche
  • Alliances matrimoniales : Épouse Jeanne de La Roche, renforçant son réseau familial (source : La France au Moyen Age, J.-F. Lemarignier).

C’est dans cet univers où le prestige familial se construit à coups d’épées et de contrats de mariage que Jacques de Roye s’impose.

Un homme mêlé aux grands enjeux de son temps


Au fil de sa vie, Jacques traverse la guerre de Cent Ans, période trouble où la Picardie sert souvent de terrain de jeu à des armées concurrentes. Roye, avec son château fort, n’est jamais très loin des conflits.

Chevalier, mais aussi diplomate

  • Jacques de Roye n’est pas qu’un guerrier : il sert de médiateur lors de conflits locaux, surtout entre barons picards (Source : Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1971).
  • Il participe à des négociations avec le roi de France, Charles VI, sur l’organisation de la défense régionale.

Des possessions enviées et défendues

  • Le domaine de Jacques s’étend sur une dizaine de villages autour de Roye.
  • En 1399, il prend une part active à la consolidation des fortifications, efforts consécutifs aux dévastations anglaises (source : “La Somme au temps du duc de Bourgogne”, P. Tisset).

Sa principale crainte ? Les chevauchées anglaises et bourguignonnes dans cette frontière mouvante où les pillages sont monnaie courante. C’est aussi pourquoi Jacques choisit parfois la voie de la diplomatie, négociant rançons ou protections avec ses voisins.

L’ombre du pouvoir : Jacques face à la politique régionale


Si Jacques marque l’histoire locale, c’est aussi parce qu’il est l’un de ces seigneurs qui savent tirer leur épingle du jeu lors des grands bouleversements.

  • Un proche des “Grands” : Il maintient des liens avec les ducs de Bourgogne et l’évêque d’Amiens, à l’époque puissances tutélaires (Chronique des comtes de Saint-Pol, 1425).
  • Influence sur la vie de la cité : Il est à l’initiative de la réparation du pont fortifié sur l’Avre et de la réorganisation du marché de Roye après 1407 (source : Annales Royennaises, A. F. Vandalle).
  • Un administrateur attentif : Il arbitre des litiges entre corporations et paysans et participe à la collecte de subsides pour les défenses urbaines.

Le pouvoir local n’était pas, comme on pourrait l’imaginer, une suite de festoiements dans la grande salle du château. Il s’agissait surtout de gérer le quotidien, les crises, les querelles et les choix qui font ou défont une ville.

Quelle postérité pour Jacques de Roye ?


Si son nom est resté, c’est peut-être parce que Jacques de Roye incarne le passage entre deux mondes : celui de la féodalité pure, et celui d’une société qui commence à sentir le vent du changement, alors qu’on approche de la fin du Moyen Âge.

  • Mécène discret : La tradition orale évoque sa participation à la réparation de l’église paroissiale après l’incendie de 1408 (source : Archives municipales de Roye, manuscrit 213, folio 54).
  • Patrimoine : Le château des seigneurs de Roye, dont il supervisa les dernières modernisations, sera démantelé bien plus tard, mais ses bases médiévales datent de Jacques.
  • Héritiers : Sa descendance donne naissance à des familles notables, dont les “de la Marche” et les “de la Roche”, jouant un rôle au XVI siècle.

Il faut aussi évoquer les légendes : certains racontent que Jacques aurait sauvé Roye d’un siège en soudoyant les assaillants ou en ouvrant discrètement la poterne un soir de brouillard. Difficile à vérifier, mais c’est le genre de récits qui traversent le temps et alimentent l’imaginaire local.

Des traces encore visibles aujourd’hui


Il ne subsiste peut-être plus beaucoup de pierres directement posées par Jacques de Roye dans le paysage rouvéen, mais son empreinte a survécu à travers :

  • La toponymie : Un “rue Jacques de Roye” existe encore dans le vieux bourg.
  • L’église Saint-Pierre : Certaines chapiteaux du XIV siècle seraient, d’après les experts, sortis d’ateliers financés par lui (C. Looten, Les Églises de la Somme).
  • Archives : Plusieurs quittances, contrats et procès-verbaux de Jacques sont conservés aux Archives départementales de la Somme (Série E, f°109 à 112).

C’est à travers ces détails, ces traces administratives et patrimoniales, que l’on peut encore “croiser” ce seigneur, sept siècles après sa mort. Toujours là, à défaut d’être au centre des projecteurs.

Un seigneur à hauteur d’homme : pourquoi cela nous parle-t-il encore ?


Ce qui frappe dans la figure de Jacques de Roye, c’est sa proximité avec le quotidien des siens. Il traverse des épreuves collectives (sièges, guerres, famines), il protège les travaux de sa ville, il arbitre les disputes de village. Certes, il reste un noble, mais dont la posture se nourrit du terrain, de décisions terre à terre, pas seulement de grands combats.

Il incarne ce lien entre pouvoir local et destin collectif, entre vieille Picardie et modernité à venir. Un modèle dont la mémoire, loin d’être figée dans la pierre, peut encore inspirer notre façon “d’habiter Roye autrement”, entre vigilance face à l’extérieur et soins apportés à l’intérieur.

Pour aller plus loin


  • “La Société féodale en Picardie” – J.-C. Casanova, CNRS éditions
  • Archives municipales et départementales de la Somme – série E et F
  • Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie – numéros spécial Moyen Âge
  • “Châteaux et fortifications de la Haute-Somme”, L. Amat

En posant un regard sur Jacques de Roye, on découvre un Moyen Âge singulièrement proche de nous : fait de choix, de solidarités locales, d’affirmation et d’adaptation. Il reste, en filigrane, un guide discret pour comprendre l’identité et la richesse de notre coin de Picardie.

En savoir plus à ce sujet :