Histoires de courage : les militaires de Roye face aux grands conflits du XXe siècle

9 juillet 2025

Roye sous les drapeaux : une ville de garnison et de mobilisés


Avant d’évoquer des figures précises, un coup d’œil sur la toile de fond : Roye, à l’aube du XXe siècle, n’était pas seulement ce que l’on connaît aujourd’hui. Elle comptait sa caserne d’infanterie, installée dès 1878 dans le quartier Thiers (source : Archives municipales de Roye). À l’été 1914, ils sont près de 400 jeunes hommes, ouvriers, commerçants, instituteurs, à répondre à l’appel de la mobilisation. Beaucoup partiront avec le sourire, l’uniforme tout neuf, pour ce qui devait durer quelques mois…

  • En 1914, Roye comptait environ 4 800 habitants – près de 10% des hommes en âge de servir furent mobilisés dès les premiers jours de la guerre.
  • La ville perdra 323 de ses fils au cours du conflit, chiffre gravé sur le monument aux morts inauguré en 1922 (source : gallica.bnf.fr).

Première Guerre mondiale : des destins fauchés et des récits de bravoure


Le capitaine Gaston Savary, l’intégrité à tout prix

Difficile de parler de militaires royen sans évoquer le capitaine Gaston Savary, né à Roye en 1881. Officier dans le 120e régiment d’infanterie, Savary s’illustre dès août 1914 lors des combats de Morhange (source : Journal Officiel des Armées, 1915). Blessé trois fois, il refusera d’être évacué et reprendra le commandement de sa compagnie à Verdun en 1916. Il sera cité à l’ordre de l’armée pour son sang-froid et son abnégation. Décoré de la Légion d’Honneur peu avant sa disparition lors de l’offensive du Chemin des Dames.

  • Sa lettre à sa femme, lue lors de l’inauguration du monument en 1922, a ému toute la population. Elle se termine par : « Pour Roye, pour la France, pour ceux qu’on aime. »

Les « Poilus » anonymes devenus héros locaux

Tous n’avaient pas de grade, mais certains noms traversent encore les souvenirs de familles royen : Jean-Baptiste Lemoine, simple caporal, fut l’un des 28 survivants de sa section lors de l’attaque de la forêt d’Argonne ; André Leclercq, brancardier, fut fait prisonnier en 1915 puis libéré en 1918. Beaucoup ont vu leurs histoires se transmettre dans les écoles et lors des commémorations.

  • Plusieurs cartes postales expédiées du front à Roye sont aujourd’hui conservées au musée de Picardie à Amiens (source : Musée de Picardie), témoignant du lien indéfectible avec la ville natale.

Seconde Guerre mondiale : résistance et engagement chez les Royens


Les années 1940 n’ont pas laissé Roye en dehors de la tourmente. Outre la mobilisation en 1939, certaines figures militaires locales se font remarquer pour leur engagement dans la Résistance ou leur bravoure pendant la bataille de France.

Le commandant Paul Féray, stratège et résistant

Né en 1905 à Roye, Paul Féray fait partie de ces professeurs qui deviennent lieutenants, puis commandants, rassemblant autour de lui un groupe de résistants après la débâcle de 1940. Il organise le sabotage des voies ferrées entre Roye et Montdidier en 1943, ralentissant l’acheminement des troupes allemandes vers la Normandie (source : Fondation de la Résistance).

  • Arrêté en 1944, il est déporté à Buchenwald et survivra, revenant à Roye à la Libération. Son nom figure aujourd’hui sur la stèle des résistants, square du 8-Mai.

Roye, point stratégique et lieu de mémoire

La commune, carrefour ferroviaire et routier, fut également un lieu de passage pour les troupes alliées – comme en témoignent les récits du 14e bataillon de chars britanniques, accueilli par la population à l’été 1944 (source : Imperial War Museum).

Au-delà des conflits mondiaux : Roye et les opérations extérieures


L’engagement militaire ne s’est pas arrêté en 1945. Plusieurs Royens ont ensuite fait carrière dans l’armée lors des guerres de décolonisation (Indochine, Algérie), puis dans les opérations extérieures récentes.

  • Alain Dufour, engagé dans les troupes de marine, tombe lors de l’opération Castor à Dien Bien Phu en 1953 (Journal officiel, 1954). Il est l’un des rares descendants d’une famille de Roye à avoir laissé un journal de campagne, consultable aux archives départementales de la Somme.
  • Trois soldats originaires de Roye ont été décorés après des missions au Liban et en Afrique centrale dans les années 1970-80, selon le Bulletin Officiel des Armées.

Des traces visibles dans la ville


On sous-estime souvent la présence du passé militaire dans la ville : plaques, noms de rues (Savary, Féray), salles municipales dédiées, et surtout le cimetière militaire de la route de Montdidier, où reposent soldats britanniques, canadiens… {ici, on privilégie la sobriété de la pierre blanche aux grands discours}. Les écoles de Roye entretiennent une mémoire vivace : chaque année, les CM2 participent à la lecture des lettres ou journaux des combattants locaux, un rituel ancré dans la vie scolaire (source : Académie d’Amiens).

Quand la petite histoire rejoint la grande : anecdotes et récits méconnus


Des recherches menées par la SHLP (Société Historique de la Région de Roye) ont permis de redécouvrir les parcours d’une vingtaine de soldats dont les familles furent expulsées de Roye pendant l’occupation allemande de 1915-1917. Un carnet retrouvé en 2009 dans une maison du quartier Saint-Gilles raconte la fuite de Georges Delattre, jeune caporal, et sa traversée du pays à pied pour rejoindre la Somme en août 1918.

  • Le saviez-vous ? En 1916, le maire de Roye achemina personnellement du courrier aux poilus de Roye, récolté chaque semaine par un réseau de bénévoles locaux. Cette correspondance, riche de souvenirs, est aujourd’hui partiellement numérisée (BNF Gallica).

Parce que la mémoire continue : les héritiers de Roye


Si les grands noms ne manquent pas, ce sont souvent les destins plus discrets qui impressionnent encore. L’association des anciens combattants de Roye, qui frôle le centenaire, veille toujours à placer chaque 11 novembre une gerbe pour « ceux qui sont partis et ceux qui sont revenus transformés ». Les jeunes générations, scouts ou lycéens, sont chaque année invités à recueillir auprès des grands-parents et arrière-grands-parents les anecdotes de l’époque – là où l’histoire prend soudain la saveur d’un vécu.

Roye a cette particularité d’avoir su maintenir un lien entre son passé militaire et la vie quotidienne, sans jamais céder au culte du héros anonyme ni oublier les sacrifices silencieux. Un équilibre fragile, mais précieux, qui fait que derrière chaque nom gravé dans la pierre, il y a un peu de la ville telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Pour aller plus loin : le Musée Somme 1916 d’Albert et les archives départementales de la Somme offrent une plongée passionnante dans les carnets, journaux et décorations des militaires royen, pour celles et ceux qui veulent continuer l’exploration.

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