Figures d’audace et d’engagement à Roye : résistants et personnalités marquantes

24 juillet 2025

Quand l’histoire de Roye se mêle à la Résistance


On n’imagine pas toujours que notre petite ville picarde ait vu défiler l’Histoire avec un grand H. Pourtant, dès le début de la Seconde Guerre mondiale, Roye a su incarner à sa façon la flamme de la Résistance. Retour sur quelques figures locales, dont les noms méritent qu’on les fasse résonner encore aujourd’hui.

Charles Desonay et les réseaux de l’ombre

  • Charles Desonay, chef de gare à Roye pendant la Seconde Guerre mondiale, s’impose comme une figure discrète de la Résistance locale. On l’oublie parfois, mais les cheminots ont souvent été en première ligne durant l’Occupation, transmettant des messages, facilitant la fuite de clandestins ou sabotant matériels et réseaux ferroviaires. Charles, lui, intégra le réseau « OCM » (Organisation Civile et Militaire), l’un des tous premiers à se structurer dans la région (source : CGT Cheminots).
  • Ses actes précis ne sont pas toujours publics — secret et modestie obligent… Mais selon les archives municipales de Roye et celles du Musée de la Résistance de Picardie, son engagement a permis à plusieurs agents et parachutistes alliés de trouver refuge sur la route d’Amiens. Plusieurs sabotages de rails dans les environs lui ont été attribués posthumément.
  • Il fut arrêté en mai 1944 et interné à Compiègne, puis déporté à Buchenwald où il ne revint jamais. En 1946, une stèle discrète fut installée en sa mémoire, non loin de la gare.

Des Royens anonymes qui ont risqué gros

  • Georgette Bertin, institutrice, hébergea dans sa maison rue de Paris, plusieurs familles juives fuyant la rafle de juillet 1942. Mentionnée dans les ouvrages de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, elle fut dénoncée par un voisin, mais le manque de preuves la sauva de la déportation.
  • Le pharmacien local du boulevard Gambetta, Henri Potier, participa à la distribution de tracts anti-Vichy et à la constitution de fausses cartes d’alimentation. Selon les archives du Conseil départemental, il aurait coordonné plusieurs caches d’armes pour le compte d’un réseau armé venu d’Amiens.

Roye, ville d’inspiration pour les personnalités engagées


L’engagement à Roye ne se limite pas aux années sombres de l’Occupation. La ville a vu passer, depuis le XIXe siècle, son lot de femmes et d’hommes combatifs : militants pour l’éducation, le progrès social, ou acteurs du patrimoine local.

Émile Coquarlin, de la mairie à la Résistance politique

  • Émile Coquarlin, maire de Roye pendant la période de l’Entre-deux-guerres, fut l’un des premiers édiles picards à s’opposer fermement à la collaboration, refusant de transmettre à la Feldkommandantur (autorité allemande) la liste de jeunes requis pour le Service du Travail Obligatoire. Une décision qui lui valut plusieurs séjours au commissariat d’Amiens.
  • Il encouragea la création d’un cercle d’entraide pour les familles sinistrées, offrant une aide précieuse lors des destructions de la ville en 1940 et 1944 (sources : Archives départementales de la Somme, Fonds municipaux de Roye).

Mélanie Haquette, pionnière du droit des femmes

  • Méconnue au-delà de Roye, Mélanie Haquette (née en 1872) fut parmi les toutes premières enseignantes de la région à s’engager dans le mouvement pour le droit de vote des femmes, dans les années 1920-1930, lors de rassemblements organisés dans le département. Elle anima plusieurs conférences à la salle des fêtes et créa un foyer social pour jeunes filles. Un engagement reconnu par la presse locale de l’époque (Gallica, L’Echo de la Somme, 1931).

Les résistants tombés dans l’oubli : souvenirs de Roye


Des anecdotes qui traversent les générations

  • On raconte qu’en 1943, lors de la Fête de la Musique (à l’époque la Saint-Jean), le chanteur amateur Roger Lemoine glissa à la fin d’un bal populaire un couplet interdit appelant à l’union contre l’occupant. Selon une vieille coupure de « L’Abeille Picarde » conservée à la médiathèque, la police allemande mit fin à la soirée. Roger échappa à l’arrestation, aidé par les organisateurs qui dispersèrent l’orchestre dans les rues voisines.
  • Souvenir ému de la “Mère Reine”, patronne d’un bistrot autour du marché couvert dans les années 1940 : elle faisait passer, sous l’apparence d’une soupe populaire, des messages écrits à l’encre invisible sous les bols à soupe. On attribue à cette astuce le sauvetage de deux pilotes alliés en 1944 (sources orales rapportées par le Cercle Historique de Roye).

Après-guerre : Roye, terre d’engagement citoyen


L’après-guerre n’a pas mis fin à l’engagement à Roye. Les grandes causes nationales et locales ont été embrassées par des figures qui ont su porter haut la voix du territoire.

Jean Duthoit, mémoire et transmission

  • Jean Duthoit, instituteur puis directeur d’école dans l’immédiat après-guerre, fut l’un des piliers de la transmission de la mémoire résistante à Roye. Il recueillit, dès les années 1950, de nombreux témoignages d’anciens résistants et publia plusieurs brochures diffusées dans les établissements scolaires (« Roye se souvient », 1967).
  • Il participa également à la création du comité de jumelage avec la ville allemande de Löbau, pour faire de l’histoire partagée un vecteur de réconciliation (source : Mairie de Roye, service communication).

Pierrette Leroy, une voix pour les sans-abri

  • Plus récemment, Pierrette Leroy, connue pour son engagement à la Croix-Rouge locale depuis les années 1980, a permis la création d’un service d’accueil d’urgence pour les personnes en détresse à Roye. Elle est à l’origine, en 1997, de la « nuit des solidarités », événement toujours programmé aujourd’hui.

Une mémoire locale à entretenir


  • Plusieurs rues, stèles ou plaques rappellent ces figures dans notre ville, mais qui connaît encore vraiment leur histoire ? La place Charles Desonay devant la gare, la salle Mélanie Haquette rue du Château d'Eau, ou encore la fontaine Coquarlin, en sont des traces concrètes.
  • Chaque année, le Comité du Souvenir de la Résistance de Roye organise une marche commémorative sur les pas des résistants locaux, une occasion de transmettre aux plus jeunes ces récits ancrés dans la mémoire collective (prochain rendez-vous : 8 mai).

L’histoire de Roye est faite de silhouettes discrètes, de courage ordinaire et d’engagement sans médaille. Impossible de tout raconter ici, mais petit à petit, il appartient à chacune et chacun d’entre nous de faire vivre cette mémoire, à partager au détour d’une balade ou d’une discussion… Une ville ne tient pas que par ses murs : elle se construit aussi sur l’audace de ses habitants.

Sources principales :

  • Archives municipales de Roye
  • Archives départementales de la Somme
  • Musée de la Résistance de Picardie
  • Gallica BNF – presse locale ancienne
  • Cercle Historique de Roye
  • CGT Cheminots

En savoir plus à ce sujet :