Le bon sens picard pour protéger la nature : concrètement, que faire autour de Roye ?

4 avril 2026


À l’heure où la biodiversité s’érode partout en France, préserver les milieux naturels autour de Roye nécessite l’engagement de tous. Le territoire recèle prairies, bois, mares et haies qui abritent une large variété d’espèces menacées.
  • Préserver la biodiversité, c’est protéger les paysages, la faune et la flore locales, mais aussi les équilibres agricoles essentiels à notre cadre de vie.
  • Des règles simples, parfois méconnues, permettent d’agir efficacement : limiter l’usage des pesticides, respecter les corridors écologiques, favoriser les plantes locales, réduire l’artificialisation des sols et la pollution lumineuse.
  • Les bonnes pratiques passent aussi par la coopération : dialogues avec les agriculteurs, associations de protection de la nature, et implication citoyenne sur le terrain.
  • Agir à Roye, c’est intégrer biodiversité et vie locale en valorisant notre patrimoine vivant… pour que les générations futures profitent toujours de ses richesses.

Pourquoi la biodiversité locale est un trésor à protéger ?


Le Pays royen, c’est un patchwork de bocages, de mares, de friches, de bois et de cultures qui s’entremêlent. Notre coin de Somme n’échappe pas à l’inquiétude générale : la biodiversité recule partout en France, et même ici les espèces emblématiques se font plus timides. Selon l’Office français de la biodiversité, en 30 ans, 30% des oiseaux de plaine ont disparu du territoire national. Le bruant jaune, typique des villages picards, en fait tristement partie (Oiseaux des jardins).

Préserver la biodiversité, ce n’est pas défendre une idée abstraite ou “réserver” la nature à certains. C’est garantir des paysages vivants, des écosystèmes résilients, et renforcer tous les petits équilibres dont dépend la vie quotidienne : pollinisation indispensable aux champs, corridors écologiques pour le gibier, zones humides qui filtrent notre eau… Le “petit peuple” de la campagne, c’est aussi la clé de nos récoltes, de la beauté de nos sorties du dimanche, et du patrimoine vivant de la région.

La réglementation : ces règles qui encadrent l’action au quotidien


Prendre soin de la nature, cela commence souvent par respecter la loi. En zone rurale comme autour de Roye, plusieurs règles s’appliquent à tous, et chacune a son utilité pour la biodiversité.

  • Interdiction des pesticides et herbicides hors usages agricoles : Depuis 2019, la loi Labbé interdit aux particuliers, collectivités et entreprises l’usage de produits phytosanitaires sur les espaces publics (trottoirs, allées, bords de routes…) et dans les jardins privés (Ministère de la transition écologique).
  • Respect des périodes de fauche et de coupe : Pour protéger la nidification des oiseaux et la reproduction des petits mammifères, la fauche des haies, talus et bosquets est strictement réglementée entre mars et août (cf. code rural).
  • Protection des zones humides et mares : Toute intervention (remblai, assèchement, destruction) sur ces milieux est très encadrée, car ils abritent une grande diversité d’espèces : grenouilles, libellules, oiseaux d’eau…
  • Interdiction de ramassage massif : Champignons, fleurs sauvages, têtards… Leur prélèvement sans parcimonie est passible d’amende, car les prélèvements excessifs fragilisent les populations locales, déjà en pression.
  • Préservation des arbres remarquables et haies : La destruction de haies bocagères est soumise à déclaration, parfois interdite, car elles servent d’abri et de corridor aux animaux (plan biodiversité de la Région Hauts-de-France).

Entre éthique, civisme et lois : agir ensemble, chacun à sa place

Rien n’empêche de faire plus que la loi, bien au contraire : la biodiversité ne se remet pas de demi-mesures. En complément de la réglementation, une foule de gestes concrets peuvent faire une vraie différence autour de Roye.

Les bons réflexes à adopter au quotidien


1. Observer, comprendre et transmettre

  • S’informer sur les espèces locales : le merle noir, la couleuvre à collier, ou la laîche des marais n’ont peut-être plus de secrets pour nos anciens… mais une génération sur deux l’ignore ! Prendre le temps d’observer la vie autour de chez soi, avec ou sans jumelles, c’est déjà agir.
  • Proposer à ses enfants (ou petits-neveux !) des balades naturalistes autour des mares, des chemins creux ou des vieux pommiers. Les associations Nature en Pays de Somme ou Picardie Nature organisent régulièrement des sorties.

2. Jardiner autrement

  • Remplacer les pesticides par la lutte “bio” : paillage, rotation des cultures, accueil des auxiliaires (hérissons, coccinelles, mésanges…) remplacent bien souvent les pulvérisateurs chimiques.
  • Planter des haies diversifiées (aubépine, prunellier, noisetier…) au lieu des monocultures de thuyas ou lauriers, pour offrir abri et nourriture à un maximum d’espèces.
  • Préférer les variétés locales adaptées au climat picard, qui résistent mieux aux parasites et favorisent la faune pollinisatrice.
  • Laisser une zone “sauvage” dans le jardin : quelques herbes folles, des orties, une souche… deviennent vite des micro-réserves !

3. Respecter les corridors écologiques

  • Ne pas obstruer les haies, talus, bandes enherbées lors d’aménagements extérieurs (clôtures, extension d’habitat).
  • Laisser circuler les petits animaux (hérissons en tête), en aménageant des passages sous les clôtures pleines ou en pierre.
  • Éviter l’extension des parkings ou gravillonnages sur des sols vivants, qui coupent les chemins naturels de déplacement.

4. Limiter la pollution lumineuse et sonore

  • Eteindre ou réduire les éclairages extérieurs la nuit, ou choisir des lampes orientées vers le sol, et à spectre doux, pour ne pas perturber le vol des chauves-souris et des insectes nocturnes (exemple : arrêté “extinction de l’éclairage public” en expérimentation à Berny-sur-Noye).
  • Respecter le calme des milieux à la tombée de la nuit, notamment pendant la période de reproduction du gibier.

Agriculteurs, collectivités, habitants : une coopération pour la biodiversité


La richesse biologique autour de Roye s’explique aussi par le tissu humain qui façonne nos paysages. Si les agriculteurs détiennent la majorité du foncier, chacun a sa pierre à apporter.

  • Agriculteurs et biodiversité : Les MAEC (Mesures Agro-Environnementales et Climatiques), encouragées par la PAC, rémunèrent ceux qui préservent les bandes enherbées, les jachères fleuries, ou qui maintiennent la diversité paysagère (Ministère de l’agriculture).
  • Collectivités : La Communauté de communes du Grand Roye a initié la plantation de plus de 1000 arbres sur trois ans via “Plantons le paysage”, tout en entretenant les chemins communaux sans désherbant depuis 2021.
  • Habitants et riverains : Chacun peut signaler un site dégradé (dépôt sauvage, dégradation d’une mare…), proposer ou parrainer la plantation d’une haie, ou créer des “refuges” naturels en partenariat avec la LPO (LPO Refuges).

Expériences locales inspirantes autour de Roye


  • La mare pédagogique de Laucourt : Installée derrière l’école, elle accueille enfants et passants pour faire découvrir la faune aquatique locale. Les bénévoles veillent sur sa qualité, et aucune intervention n’est faite sans avis d’expert.
  • Chenilles processionnaires à Erches : Plutôt que l’éradication systématique, un plan local d’information propose aux riverains d’installer des nichoirs à mésanges, qui régulent naturellement ces chenilles invasives.
  • Sauvons la haie à Dancourt-Popincourt : Un collectif citoyen est né pour protéger une ancienne haie bocagère menacée par un projet d’élargissement routier. Les débats ont conduit à une modification du tracé. La haie est toujours là : refuge pour la chouette chevêche et le torcol fourmilier.

L’essentiel pour demain : petit guide du citoyen vigilant


  • Se renseigner auprès des associations locales, du CPIE de la Vallée de Somme ou via le site biodiversite.gouv.fr pour savoir ce qui se passe près de chez soi.
  • Signaler toute atteinte flagrante au maire ou à la gendarmerie, même anonymement.
  • Proposer et relayer les initiatives : nettoyage de déchets, plantation d’arbres, création de mares ou refuges à insectes.
  • Être ambassadeur auprès de ses proches, car la biodiversité locale ne se défend jamais aussi bien qu’en équipe.

Protéger ici, inspirer ailleurs


Autour de Roye, la biodiversité n’est pas simplement un décor, mais une histoire partagée, riche et vivante. Prendre soin de notre patrimoine naturel, c’est défendre un art de vivre picard. Chacun, à sa manière, peut être un maillon discret mais essentiel de cette sauvegarde du vivant. De la prairie à la mare, du champ à la haie, chaque geste compte : les générations futures y trouveront, espérons-le, la même poésie que nous ressentons, un matin de juin, en croisant une chevrette émue dans les blés.

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